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Pays de Retz
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Fiefs et terres nobles de Machecoul
à la veille de la Révolution



    Avant la Révolution, le mot "Seigneurie" désignait une propriété composée de deux parties distinctes qui n'appartenaient pas forcément à la même personne
        - d'une part, il y avait le domaine foncier ou "terre"
        - d'autre part, il y avait le «fief» où l'on rendait la justice.
   Le revenu du fief consistait dans les droits de justice, les rentes féodales et les impôts.
    Le possesseur de la terre aurait dû s'appeller SIEUR et celui de la seigneurie SEIGNEUR. Cette distinction n'était pas observée.
    Deux personnes pouvaient se qualifier de Seigneur d'un même lieu.
    On prenait parfois le titre des terres qu'on ne possédait pas réellement mais sur lesquelles on avait des prétentions.
    La justice était la véritable marque de seigneurie. Les terres pouvaient être morcelées. Tout démembrement de la justice était interdit depuis longtemps.
    MACHECOUL, capitale du Duché de Retz, appartenait au marquis de Brie Serrant qui l'avait acheté en 1778 au duc de Villeroi avec titre de baronnie et duché pairie.
    Brie Serrant se fit autoriser par le roi à morceler la baronnie pour pouvoir se rembourser. De 1780 à 1782, il vendit une énorme quantité de fiefs:
        - à René MONTAUDOUIN, seigneur de la Clartière, le fief des Huguetières en Sainte-Croix de Machecoul.
    Dans le fief se trouvait compris la motte du château de Sainte-Croix qu'on nommait le château des Huguetières.
    Les seigneurs de la Clartière levaient des dîmes sur le petit fief du Châteaubriant, près de la chapelle des Dons.
    Ils avaient droit de sépulture dans l'église de Sainte-Croix. Une litre peinte sur les murs était chargée de leurs armoiries.
    Le domaine de la Clartière avait sa sortie sur l'ancien chemin de Machecoul à Fresnay. Cette voie partait, à Machecoul, de l'hôtel de la Croix-Verte et passait à la Huchepie, en Fresnay.
        - à Jacques IMBERT, seigneur de la Choltière, la Trinité de Machecoul, entre autres.

    Lors du découpage des terres d'un grand fief naissait sur une des parties un fief plus petit. Le nouveau fief dépendait du fief principal. Cette dépendance s'appelait la «mouvance».
    On distinguait plusieurs sortes de «mouvances»
        - la mouvance noble ou féodale: c'était celle dans laquelle le possesseur du fief devait rendre foi et hommage (fidélité au possesseur du fief dont il relevait).
        - la mouvance roturière qui ne consistait qu'en certaines redevances.

Les droits du casuel étaient nombreux
        - les lods et ventes: redevances dues aux seigneurs par celui qui avait acquis un bien dans sa mouvance.
        - les déshérences: droits du seigneur sur une succession qui manquait d'héritier.
        - la corvée: travail gratuit dû au seigneur (journées de chevaux, de boeuf, etc). Il fallait couper les blés du seigneur, faner ses foins, labourer ses terres, curer les douves de son château, réparer les chemins.
        - le terrage ou champart était le droit que les seigneurs de fiefs avaient de lever une certaine quantité de gerbes, de fruits, sur les terres dépendant de leur mouvance.
 

LA CLARTIERE

    Terre et juridiction s'étendant sur les paroisses de Sainte-Croix de Machecoul et de Fresnay, possédée:
- en 1679 par Henri BASTELART.
    Les Bastelart, dont les armoiries portaient d'or au chevron de sinople, accompagné de trois flèches de sable (Briant de Laubrière), possédaient un certain nombre de terres nobles dans le comté nantais, notamment dans le Pays de Retz.

- en 1723 par René MONTAUDOUIN, secrétaire du Roi.
    La famille Montaudouin est originaire de Nantes. Elle appartenait au commerce. Noble homme René Montaudouin, marchand, ancien consul, fut échevin de 1709 à 1711 (Mellinet - Histoire de la Commune de Nantes).
    Louis Montaudouin, sieur de la Robertière, capitaine d'une des compagnies de la milice bourgeoise, fut échevin de Nantes de 1715 à 1716. II fut réélu le 4 juin 1777. En la même année, il fut élu député aux États de Bretagne (Id.). Montaudouin de Launay, ancien consul, fut élu échevin en 1737.
    En 1739, la disette menaçant la ville de Nantes, les négociants adressèrent la déclaration suivante à l'assemblée communale qui l'accueillit avec reconnaissance
    "Connaissant l'importance des prompts remèdes qu'il convient d'apporter à la disette des grains dont cette ville est menacée, et voulant donner au public une marque du désir que nous avons de le soulager, nous sommes convenus de fournir chacun de nous la somme souscrite au pied du présent, dans quatre jours, comme prêt à la communauté, sans intérêt". Cette souscription s'éleva à la somme de 216 000 livres (Mellinet, t.V - p.119).
    Parmi les signatures qui accompagnent cette pièce se trouve celle d'un Montaudouin.

- en 1774 par Thomas-René MONTAUDOUIN
    L'hôtel Montaudouin, situé près des Cours, à Nantes, fut élevé en 1790 par l'architecte Mathurin CRUCY pour Montaudouin de la Touche, riche armateur, propriétaire déjà, sur la Fosse, du bel immeuble construit entre les rues Montaudouine et la Petite Rue Montaudouine, N°56.
    Le blason des Montaudouin était : d'azur à la montagne de six coupeaux d'argent mouvant de la pointe (Albert, Arm. vendéennes).
- en 1780, la basse justice de la Touche-Gerbaud, en St-Cyr en Retz, appartenait à Melle Montaudouin (Ogée, Dictionnaire Historique de Bretagne, 1780 t.IV p.216).
    La Basse-Ville, en St-Hilaire de Chaléons était également aux Montaudouin (Id. - p.2441.
    Thomas Montaudouin de la Clartière acheta du marquis de Brie Serrant, baron de Retz, le fief des Huguetières, situé en Sainte-Croix de Machecoul. Dans ce fief se trouvait comprise la motte du château de Sainte-Croix qu'on nommait alors à cause de cela même - dit l'abbé Guillotin de Corson (Bull. archéologique de Nantes - t.38 - p.216) - le château des Huguetières (voir ci-après à l'article Huguetières, l'acte de vente de ce fief).
    Le 19 septembre 1788, un grand nombre de citoyens notables de toutes les classes de la société se réunirent à l'hôtel de Ville de Nantes afin d'y organiser une fête patriotique, à l'occasion de l'élargissement des douze députés que les États de Bretagne avaient envoyés à Paris, dans le but d'obtenir le rétablissement des privilèges de la province, ces députés ayant été enfermés à la Bastille.
    Dans cette réunion, d'un concert unanime, on arrêta une souscription générale, mais libre et volontaire, de 24 livres par chaque souscripteur, dont le produit serait employé aux frais d'une fête patriotique, et le surplus à des oeuvres de charité (Mellinet - t.V - p.3381.
    Dans la longue liste des souscripteurs, on trouve le nom de Montaudouin de la Clartière, près de ceux de Danguy de Vue, de Bruc de Montplaisir, de Charette de Boisfoucault, de Chevigné du Bois-Cholet, du chevalier de Cornulier de la Caraterie, d'Espivent de la Villeboisnet, de Juchault de la Moricière, de la Roche Saint-André, etc, etc.
    Lors de l'insurrection vendéenne, Peigné, homme d'affaires de Montaudouin de la Clartière, marcha sur Machecoul, le 10 mars 1793, à la tête d'un détachement (Deniau - Histoire de la Vendée - t.1 - p.3491.
    Les seigneurs de la Clartière fondateurs du bénéfice de la chapellenie de Saint-Jean, en l'église de Sainte-Croix de Machecoul, avaient la nomination du titulaire (Archives dép. G.54).
    Ils levaient des dîmes sur le petit fief du Châteaubriant, près de la chapelle des Dons (Id.).
    Ils avaient droit de sépulture dans l'église de Sainte-Croix. Une litre peinte sur les murs était chargée de leurs armoiries.
    On trouve aux archives départementales, série L. dans les extraits des délibérations du Directoire du District de Machecoul les lignes suivantes : "24 juin 1792 Nomination du sieur Guy administrateur, pour commission à l'effet de procéder à l'inventaire des meubles et effets mobiliers du sieur Montaudouin, à la Clartière, soupçonné d'émigration, conformément à la loi du huit avril dernier".
    Une autre pièce du même dépôt nous apprend que "Paumier, administrateur du district, a remis à Sotin la somme de 2100 livres provenant de la vente de la Clartière" (L. Compte courant des dépenses et recettes faites par Sotin administrateur du département et commissaire civil dans le district de Machecoul).
    Le 8 novembre 1792, les Amis de la République de la Société de Machecoul adressèrent aux administrateurs du département une pétition à l'effet d'obtenir l'établissement de foires et un lieu convenable pour servir de champ de foire. Ils désignent comme convenant fort bien les "Garennes de Retz" (terrain qui s'étend entre le Bourg-Mignon, le cimetière et la route de Bouin).

LES HUGUETIERES (ou les Huctières).

    Le fief des Huguetières, en Sainte-Croix de Machecoul, faisait partie de l'importante châtellenie des Huguetières, démembrement de la seigneurie de Rays.
    Dans le système féodal, la CHATELLENIE, était une terre dont le seigneur pouvait posséder une maison fortifiée, et une haute justice était toujours annexée à cette seigneurie. La Châtellenie comprenait un certain nombre de fiefs inférieurs disséminés dans plusieurs paroisses. Ces différents fiefs portaient souvent le même nom que la châtellenie dont ils dépendaient. C'est ainsi que la châtellenie des Huguetières dont le château se trouvait dans la forêt de ce même nom sur le territoire de La Chevrollière, formait deux grands baillages de haute justice: celui de Machecoul s'étendait sur les paroisses de la Trinité, de Sainte-Croix, de Fresnay, de Bois-de-Céné, la Garnache et Paulx; celui de St-Philbert ayant juridiction en St Philbert de Grand Lieu, La Chevrolière, Pont-SaintMartin, Le Bignon, Saint-Colombin, St-Philbert de Bouaine, Saint Lumine de Coutais, Port-Saint-Père, Bouaye et Saint-Aignan, en tout dix-sept paroisses. A l'origine Saint Mars de Coutais faisait également partie de la Châtellenie des Huguetières.

    Cette importante châtellenie appartenait

- en 1716 à Louis-François-Anne de Neufville-Villeroi, pair de France.
    A la mort de Paule Françoise de Gondy, duchesse de Retz et de Lesdiguières, le duché de Retz, et par le fait, la seigneurie des Huguetières, passèrent aux descendants de Marguerite-Françoise de Retz, deuxième fille de Henri de Gondy. En 1645, elle avait épousé Louis de Cossé, duc de Brissac. De ce mariage naquirent:
    1° Henri-Albert de Cossé, duc de Brissac, mort sans postérité
    2° Marie-Marguerite de Cossé, mariée le 28 mars 1662 à François de Neufville-Villeroi, pair et maréchal de France. Elle mourut le 20 octobre 1708, laissant un fils, Louis-Nicolas de Neufville, duc de Villeroi et de Beaupréau qui épousa Marguerite Letellier, fille de Michel Letellier, marquis de Louvois, duquel mariage naquit Louis-François-Anne de Neufville-Villeroi.
    En 1764, le duc de Villeroi, baron de Retz, vendit le fief des Huguetières en Pont-Saint-Martin, à Nicolas Roche, seigneur de Fermay.

- en 1780 à Claude Alexandre, marquis de Brie Serrant, acquéreur du Duché de Retz.
Comme plusieurs de ses prédécesseurs, il démembra la châtellenie des Huguetières. En 1782 il vendit à Joseph de Charette, seigneur de Briord, le fief des Huguetières en Port Saint Père.
La même année, il détacha également de sa baronnie de Retz, le fief du même nom, sis en la paroisse de Sainte-Croix de Machecoul et le vendit à messire Montaudouin, seigneur de la Clartière.
 


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