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LES CAHIERS DE DOLÉANCES DU TIERS ÉTAT dans les paroisses du Pays de Retz
Cette
étude porte sur les cahiers de 15 paroisses du Pays de Retz: Pornic,
Sainte-Marie, Le Clion, les Moutiers, La PLaine, St-Michel-Chef-Chef, St-Brévin,
St-Père en Retz, Ste-Opportune, Chauvé, Cheméré,
Arthon et St Lumine de Coutais, Prigny et St-Cyr-Bourgneuf.
Ces cahiers
sont conservés aux archives départementales de Nantes, où
l'on peut les consulter.
Les cahiers
de doléances ont été rédigés dans un
contexte de crise. Rappelons-le brièvement.
En 1788,
les coffres de l'État sont vides. Le budget est en déséquilibre:
les dépenses sont supérieures aux recettes; la dette est
énorme. Face à la crise financière que quatre ministres
des finances successifs n'ont pas réussi à résoudre,
le roi Louis XVI convoque les États Généraux pour
le mois de mai 1789.
... Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons ...pour Nous conseiller... pour Nous faire connaître les souhaits et les doléances de nos peuples... de manière qu'il soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l'État.Versailles, le 24 janvier 1789
De par le Roi
Les conditions dans lesquelles sont rédigés
les cahiers de doléances.
Pour le Tiers État, la rédaction des cahiers se fait en deux temps; plusieurs cahiers en parlent.
Dans chaque paroisse à la campagne, se réunissent les hommes de plus de vingt-cinq ans payant un impôt. Ils rédigent les cahiers de base (dans le cahier de Chéméré par exemple, sont énumérés les 65 noms de ceux qui ont participé à l'élaboration des doléances de la paroisse) et ils élisent des députés pour représenter leur paroisse à l'assemblée générale de la sénéchaussée de Nantes (ainsi le cahier de St-Père mentionne que 3 députés ont été élus, ce qui nous donne une idée de la population de cette paroisse puisque les paroisses rurales élisent deux représentants pour deux cents «feux» ou familles).
Puis, à la sénéchaussée de Nantes, un regroupement des cahiers de base sera fait pour obtenir un seul cahier«Au surplus, Messieurs les Députés de Pornic, souscriront pour le cahier général des charges à tout ce qui sera arrêté à la pluralité des membres de l'assemblée à la sénéchaussée» (Cahier de Pornic).Et à Nantes on élira les députés aux États Généraux. Nombreuses sont les paroisses qui souhaitent des représentants aux États Généraux«Il est souhaitable d'obtenir qu'un ou deux députés aux États Généraux soient pris parmi ceux des communes du Pays de Retz» (Cahiers d'Arthon, La Plaine, Pornic).Certains cahiers se ressemblent. D'une part, tous les cahiers du Pays de Retz présentent un fond commun: un modèle a circulé, bien que cela soit interdit par le roi; celui-ci a vraisemblablement été rédigé «à Rennes, les 22-24-26 et 27 décembre 1788 par les députés des communes» (Cahiers de St-Brévin, Arthon, La Plaine).
D'autre part, des cahiers rédigés dans certaines paroisses ont servi de modèles à des paroisses voisines: ainsi le cahier des Moutiers ne diffère de celui du Clion que par deux articles.
Les cahiers ont été rédigés fin mars - début avril 1789; celui de La Plaine est daté du 31 mars, Arthon, St-Père et St-Brévin du 2 avril, Pornic du 4, Chéméré, Ste-Marie, Le Clion du 5. Ce laps de temps très court s'explique par le fait que les paroisses ont été prévenues seulement le 25 mars qu'il fallait rédiger un cahier avant le 7 avril.
Le lieu de rédaction diffère selon les paroisses: à Arthon, à La Plaine, on s'est réuni dans la sacristie pour recueillir les signatures, tandis qu'à Ste-Marie et à St Brévin, on s'est installé à la «chambre des délibérations»; à Pornic et au Clion, c'est «l'auditoire» (de la juridiction du bailliage) qui a accueilli les membres du Tiers-État, «la sacristie n'étant pas suffisante pour contenir tout le monde».
On dénombre 35 signatures à Pornic, 24 aux Moutiers, 20 à St-Père, 18 à St-Brévin, 18 à Ste-Marie, 17 au Clion, 13 à Chauvé. II s'agit «des notables et habitants qui savent signer» (Cahier de Ste-Marie). Mais la majorité de la population ne sachant ni lire ni écrire, on est souvent obligé de recourir à des étrangers, comme on le déplore dans le cahier de St-Brévin«Les dits députés exposeront que dans les campagnes peu de personnes sachant signer et la coutume exigeant défaire signer à requête de ceux qui ne le savent faire, il résulte de là un embarras et un tumulte peu convenables dans les assemblées capitulaires, vu le nombre d'étrangers qu'on est obligé de requérir aux fins du complément des signatures».Le rédacteur est toujours un homme instruit, un notable: à Ste-Marie et Arthon, c'est un notaire, à Pornic, un avocat, à Cheméré, un procureur.
GRANDS THÈMES ABORDÉS
Les cahiers de doléances du Tiers État nous renseignent sur la situation générale de la France en 1789 et sur les particularités de la Bretagne et du Pays de Retz. Les revendications touchent à la vie politique et administrative, à l'économie, aux injustices sociales, notamment aux impôts, à la justice, au système de défense de la côte. En un mot, l'on demande davantage de liberté et davantage d'égalité.VIE POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE
Plusieurs cahiers commencent par un hommage au roi.«Primo, en jurant au roi amour, fidélité et respect pour sa personne sacrée»... (cahier de St-Brévin) «La bonté et la bienfaisance de Sa Majesté ayant bien voulu permettre à tous les sujets de son royaume...» (Cahier des Moutiers, du Clion et de Chauvé). «Pénétrés de la plus vive reconnaissance des bontés de Votre Majesté...» (Cahier de Ste-Marie).Les cahiers montrent donc l'attachement des Français au roi et ne remettent pas en cause l'existence de la monarchie, dont le caractère est sacré.
Mais le roi ne doit plus gouverner seul. Les cahiers demandent des droits politiques pour la nation et le Tiers État doit avoir place entière dans la nation«Il nous paraît donc très intéressant d'être admis à l'avenir à nous faire respecter à toute assemblée nationale» (SteMarie).On demande donc des représentants élus dans le Tiers et des présidents d'assemblés élus.
«Que nos représentants ne puissent être ni nobles ni anoblis ni ecclésiastiques, mais toujours de notre ordre» (SteMarie, Pornic, Arthon).
«Que dans nos assemblées, nul ne puisse nous présider qu'autant que la réunion des suffrages l'aura fait élire» (Cahier de Ste-Marie, Pornic et Chauvé).«Que dans ces assemblées, nos représentants soient au moins en nombre égal à celui des ordres privilégiés et que leurs voix y soient comptées par tête» (Pornic).Cette question du doublement du Tiers et du vote par tête apparaît aussi aux Moutiers, au Clion, à Arthon, à La Plaine. C'est dire son importance: jusqu'en 1789, il y a une voix par ordre bien que le Tiers représente beaucoup plus de gens que les deux autres ordres; la plupart du temps, Noblesse et Clergé votent ensemble car ils ont les mêmes privilèges à défendre; le Tiers ne peut donc faire entendre sa voix. Or, en décembre 1788, le roi a accordé le doublement des représentants du Tiers État: pour en profiter, le Tiers veut un vote par tête (chaque individu a une voix).
Certains cahiers précisent le rôle de l'Assemblée Nationale:«Le consentement à tout impôt nécessaire à la liquidation des dettes de l'État sur la vérification et pénétration qu'en aura fait l'Assemblée Nationale» (Chauvé, Les Moutiers, Le Clion).La province de Bretagne, ayant été rattachée tardivement à la couronne royale, bénéficie d'un statut spécial: comme la Franche Comté, la Provence ou le Roussillon par exemple, c'est un pays d'États; à ce titre, elle dispose à Rennes d'une assemblée, les États provinciaux, constituée de représentants des trois ordres, qui répartit et lève l'impôt. Dans les pays «d'élection», au contraire, l'impôt est réparti et levé par les agents du roi.
Pornic, comme La Plaine, demande «le privilège de députer pour cette ville aux États de la province».
II n'est pas étonnant de constater que les cahiers du Pays de Retz révèlent un attachement profond aux privilèges de la Bretagne.«Que les députés aux États Généraux ne perdent jamais de vue les droits de la province qui... doivent toujours être la grande règle» (Arthon).
«Ils solliciteront avec instance la continuation des privilèges et exemptions dont a toujours joui la Bretagne depuis la réunion à la couronne et feront tous les efforts pour empêcher qu'il y soit porté la plus légère atteinte» St Brevin,
«Que la Constitution de la province soit entièrement conservée dans son intégrité> (Cheméré).
LES LIBERTÉS
Le thème des libertés est aussi très présent dans les cahiers. «Que la liberté soit assurée, cette liberté si précieuse, étant le premier de tous les droits des citoyens» (Arthon, art.7).
Cette liberté «individuelle» est réclamée par douze cahiers sur les quinze étudiés. En corollaire, on ...«réclame nos droits de citoyens et d'hommes de la Nation», et Ste-Marie précise (art. 1)... «C'est dans la persuasion qu'ils nous seront rendus que nous nous plaignons très respectueusement, Sire...».
Ainsi, on désire une reconnaissance de l'individu et non de l'immense ordre du Tiers, qui va de la bourgeoisie aux miséreux. Que la personne humaine soit reconnue comme telle avec ses droits. D'où le thème de la justice (égalité devant la justice), du vote par tête (et non par ordre), de l'égale répartition des impôts et des corvées et l'accession à tous emplois. Autant d'aspects qui sont développés dans les cahiers. II faut aussi noter le respect de cette demande: il n'y a pas de heurt avec le principe monarchique.«Que la presse soit libre à tous, les mauvais écrits tomberont d'eux-mêmes» (La Plaine, art. 12).Quatre cahiers réclament la liberté de la presse. Ce sont ceux qui paraissent être les matrices des cahiers pour les autres paroisses: Arthon, St-Cyr-Bourgneuf, La Plaine, plus St-Jean-Prigny.
LA VIE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE
Dans ce domaine, les cahiers dénoncent tout d'abord le ralentissement des activités économiques, souvent dû à l'envasement ou à l'ensablement du littoral.«Ce pays autrefois si heureux, si riche dans son commerce de sel, a perdu aujourd'hui et perd de jour en jour tous ses avantages. La rade où arrivaient les vaisseaux se comblant, le commerce s'est retiré, les propriétés du côté sel se sont diminuées de cinq sixièmes» (Cahier des Moutiers).On retrouve ce problème de l'envasement à Pornic qui demande «le curement du port» et même à Arthon qui se plaint de «l'obstruction des canaux et la ruine entière du commerce».
A St-Brévin, c'est l'ensablement qui nuit à l'agriculture«...les sables de la mer ont gagné environ la moitié de la paroisse dans la partie occidentale et continuent à faire le même ravage, ce qui rend cette majeure partie inculte et sans aucune production...».C'est pourquoi dans cette paroisse, l'on se soucie de «la protection et des encouragements dus à l'agriculture, au commerce et à l'industrie».
A St-Père, on propose des mesures pour faciliter le commerce«D'un poids et une mesure uniforme pour tout le royaume. Le reculement des barrières aux frontières et le libre exercice du commerce dans l'intérieur».Les cahiers dénoncent aussi la misère du peuple et les injustices sociales.«Dans notre paroisse composée de plus de trois mille habitants, il s'en trouve près d'un tiers réduits à implorer les secours des moins indigents» (Ste-Marie).La cause de cette misère et en même temps la principale injustice qui pèse sur le tiers-état, c'est l'inégale répartition de l'impôt: noblesse et clergé en sont pratiquement exemptés; le tiers est assujetti aux impôts royaux et aux taxes seigneuriales et se plaint:«De l'inégalité de la répartition des impôts qui fait que nous sommes trop imposés» (Ste-Marie).Dans les campagnes, on se plaint surtout des charges payées au seigneur«Des corvées et servitudes féodales trop étendues et trop onéreuses» (Ste-Marie, Pornic, Arthon).C'est pourquoi les cahiers demandent unanimement une réduction des impôts et charges du tiers-état.
Deux solutions pour y parvenir: la première est de supprimer toutes les impositions et privilèges seigneuriaux:
- les corvées
- les banalités (obligation pour les paysans d'utiliser, en payant des taxes, le moulin, le four, le pressoir du seigneur).«que le droit de suite du moulin soit supprimé en sorte que chacun ait la faculté de faire moudre où bon lui semblera et que les fours banaux soient également supprimés» (Chéméré).- les fouages (droits acquittés pour couper du bois dans les communaux afin de faire du feu; par la suite impôt dû en principe par chaque «feu» ou ménage roturier.
- les droits de succession comme
* le franc-fief (taxe à laquelle était tenu un roturier devenu acquéreur de terres nobles).
* les lods et ventes (impôt payé sur une terre quand elle change de tenanciers: au moins 10 % de la valeur).«De l'injustice des impôts privatifs à notre ordre, ce qui nous fait payer seuls les fouages,...; les francs-fiefs...» (Ste-Marie, Pornic).- l'accaparement par les seigneurs des communaux (bois et friches où les pauvres ramassent du bois et font paître leurs bêtes).
«Que l'on supprime le droit de lods et ventes pour contrats d'échange» (Ste-Marie, Le Clion, Les Moutiers, Pornic, St-Brévin, Chéméré).«De la prétention de nos seigneurs qui pensent que les terres vagues et communes leur appartiennent et font partie de leur domaine lorsque suivant le droit naturel elles doivent appartenir à tous; et nous demandons... une loi qui décide enfin la propriété des vagues et communes à tous et partageables entre tous» (Ste-Marie, Arthon).- le droit de chasse, enfin, réservé aux seuls seigneurs«Qu'il soit permis à tout propriétaire ou fermier de porter des armes à feu sur son terrain et de détruire toutes les bêtes fauves comme cerfs, biches, sangliers, loups, renards, lapins et pigeons de fuies afin de conserver les blés et toutes autres récoltes» (Chéméré).Quant aux revenus du haut clergé, on demande qu'ils soient en partie redistribués au bas clergé.«Notre recteur... est réduit à la portion congrue... et cependant l'abbé commendataire de cette paroisse jouit de revenus en dîmes et autres bénéfices... Nous réclamons sans partialité une portion des revenus de ses menus biens pour augmenter les revenus curiaux...» (Ste-Marie).La seconde solution pour réduire les impôts du tiersétat, tout en augmentant les recettes de l'État, est de faire supporter les impôts royaux par tous, proportionnellement à la fortune de chacun.«Que tous impôts soient à l'avenir supportés d'une manière égale et par chacun en proportion de sa fortune sans distinction d'ordre» (Ste-Marie, Pornic).L'égalité de l'impôt est demandée notamment
«Que les nobles, ecclésiastiques, roturiers et privilégiés soient compris confusément dans le même rôle d'imposition» (Le Clion, Les Moutiers).
- pour l'entretien des routes«Suppression de la corvée en nature des grands chemins et convertissement en argent, avec la contribution de tout le monde sans distinction et exemption, à raison de ses richesses territoriales» (Le Clion, Les Moutiers.- pour le vingtième et la capitation, impôts directs payables en principe par tous, mais desquels certains privilégiés se faisaient exempter
«Que l'ouverture et l'entretien des grandes routes ne soient plus à notre charge mais que la dépense en soit faite par le trésor public puisqu'elles sont utiles à tous» ( Ste-Marie, Pornic).«Contribution au vingtième de tous les biens et domaines dans chaque paroisse» (Le Clion, les Moutiers).- pour l'entretien de l'armée
«Que tous nobles, ecclésiastiques, roturiers et tous privilégiés payent la capitation dans le lieu de leur domicile» (Les Moutiers).«Que le casernement des troupes ainsi que le transport des bagages militaires aux frais du laboureur soient abolis» (Arthon).- pour les traites (droits de douane) et les aides (droits perçus sur les boissons) (St-Père).Quant à la gabelle, sa suppression n'est pas demandée (Sauf à St-Père). La Bretagne était en effet un «pays franc» (qui ne payait pas de gabelle) et en Pays de Retz, les faux-sauniers vivaient de la contrebande du sel passé en fraude vers les «pays de grande gabelle» (où les droits étaient très élevés).
On propose également d'autres recettes pour l'État:«L'État ayant peu de ressources pour payer les dettes, (que) l'on verse au trésor royal tous les profits des annates, provisions ou dispenses» (La Plaine, Pornic, Arthon, Ste-Marie, Le Clîon).Les annates étaient une redevance équivalant à une année de revenu, payée au Saint-Siège par les membres du haut clergé, pourvus d'un bénéfice).
Et l'on demande aussi:«Un ordre fixe et durable dans l'administration des finances du royaume pour que la nation ne doute plus de l'emploi des deniers» (Les Moutiers).Le sort des pauvres et du Recteur est abordé dans ces cahiers. Neuf sur les quinze se prononcent pour un Bureau de Charité animé soit par les paroissiens soit par les citoyens: Bureau des Citoyens. «Qu'il y ait une caisse alimentée par le tiers des revenus des biens ecclésiastiques». Ainsi, le secours des pauvres est rejeté à la charge du clergé.
Exemple: Bureau de Charité: «Que le tiers de tous les biens ecclésiastiques de la paroisse soit versé à une caisse établie dans la paroisse, répartie par un bureau des paroissiens et distribué aux pauvres» (St-Jean-Prigny, art. 23).
Exemple: Bureau de Citoyens: «Qu'il soit ordonné pour chaque évêché une caisse pour le soulagement du pauvre et que le tiers des revenus des biens ecclésiastiques, savoir: des abbayes, prieurés et bénéfices, soit versé à cette caisse dont les fonds seront répartis par un Bureau de Citoyens, choisis dans la ville épiscopale et distribués aux pères des pauvres (les prêtres) de chaque paroisse» (Chauvé, art. 27).La paroisse de Cheméré demande, elle, des «bureaux de charité établis dans la campagne» (art. 15).
Par contre, les seigneurs héritaient des biens, menus sans doute, des bâtards et des indigents. Il leur est demandé qu'ils les prennent en charge «puisqu'ils en héritent...».«Que les seigneurs soient chargés désormais des bâtards, des fous et des insensés puisqu'ils en héritent... et qu'ils en ont les déhérences» (Ste-Opportune, art. 4).Dans le registre de l'aide ou secours, Chéméré et St-Père réclament des hôpitaux: «Rétablir l'hôpital St-Julien» (St-Père).
«Que les mineurs pauvres soient pourvus de tuteurs aux frais des seigneurs, que les enfants trouvés, bâtards soient nourris et entretenus, soient en bonne santé et les malades, par les seigneurs puisqu'ils en sont les héritiers» (Chauvé, art. 28).
Un dernier aspect marque l'attachement de la population au bas clergé: recteurs ou curés. Cinq paroisses: La Plaine, Ste-Marie, St-Cyr-Bourgneuf, Pornic et Prigny réclament l'amélioration du sort du Recteur.«Qu'il soit fait un changement dans l'administration des biens ecclésiastiques et que les revenus curiaux soient augmentés proportionnellement à l'étendue des paroisses, vu l'état où elles se trouvent plus ou moins... il est réduit à la portion congrue, c'est à dire 750 livres de revenus et a la charge d'avoir un vicaire... cependant l'abbé commandataire de cette paroisse jouit de revenus et bénéfices pour plus de 6000 livres» (Ste-Marie, art. 20).Il faut en effet prendre conscience de ce clergé à plusieurs niveaux
- Haut clergé: évêchés, grandes abbayes...
- Moyen clergé: bénéficiaires, abbés commandataires, abbés des villes, prieurs d'abbayes, paroisses riches.
- Bas clergé: prêtres, vicaires, curés de paroisses souvent rurales, pouvant avoir aussi des bénéfices mais qui souvent soulagent les pauvres.
Ainsi on comprend que les «annates, provisions et bénéfices» soient réclamés devant revenir au trésor royal dans onze des quinze cahiers. Les paroissiens distinguaient le recteur et vicaire vivant comme eux leurs misères des «bénéficiaires et seigneurs ecclésiastiques».
LE RESPECT DE LA PROPRIÉTÉ
En autre demande, les gens du Tiers tiennent au droit et au respect de la propriété; quatre cahiers l'expriment précisément«Que nos propriétés ne soient pas moins respectées que celles des autres citoyens» (Pornic, art.16).Dans presque tous, on réclame le respect de la propriété communale des «vagues et communes... pacquables pour tous... que les seigneurs considèrent comme leur appartenant... alors que suivant le droit naturel, elles doivent appartenir à tous». Il s'agit des terres de la commune ou de la paroisse classées «communes», qui permettaient aux plus démunis ou sans terre de laisser paître leur maigre troupeau sans payer de droit. Les seigneurs, voulant enclôre, les considéraient leurs et demandaient un droit. A chaque fois on désire «une loi qui décide de la propriété des vagues et communs».
Comme par opposition, le respect de la propriété est demandé par les paroissiens propriétaires des Moutiers (art. 21) qui... «sont saisis de quantité de troupeaux et brebis qui dévastent les fossés, les terres et les récoltes des vrais propriétaires et fermiers en les conduisant paître sur leur domaine... afin d'éviter la continuation des dommages... permettre audits propriétaires de saisir le bétail jusqu'à indemnité qu'ils auront souffert».
ÉGALITÉ POUR LA JUSTICE ET L'EMPLOI
Enfin, le «plus d'égalité» est souhaité pour la justice et l'emploi.
Pour la justice, on entend réduire ou supprimer les tribunaux d'attribution et les justices seigneuriales. On désire que la justice... «ne soit rendue qu'au nom de Sa Majesté». Globalement, on demande une réforme du Code Criminel «coûteux pour les innocents et dangereux pour eux». (La Plaine, art. 10) et du Code Civil... «si onéreux pour les plaideurs».
On émet le voeu de «tribunaux réunis aux justices ordinaires, par district, auxquels seront admis tous les citoyens à raison de leur talent et non de leur naissance» (Pornic, art. 19): ce qui serait une justice «royale».
Et le voeu d'une justice de type «communale»: «établir en chaque paroisse douze prud'hommes qui s'assembleraient à l'issue de la grand'messe pour juger des dommages et injures... et autres cas semblables... jusqu'à concurrence de 30 livres» (Chéméré, art. 16); justice plutôt réservée aux délits mineurs.
Arthon, seule, réclame son... «tribunal d'attribution que dans notre paroisse» (art. 26) et se joint à Pornic, Ste-Marie et St-Lumine-de-Coutais pour demander... «un juge de paix, un greffier et un notaire».
Arthon souligne encore le désir que... «dans la rédaction des aveux faits aux seigneurs, le faible sujet, dans le cas de contestation, puisse évoquer sa cause à une cour supérieure pour se défendre contre la loi du plus fort» (Art. 30).
On désire donc - pouvoir se défendre,
- avoir une justice moins onéreuse,
- avoir une justice simplifiée... rendue au nom de Sa Majesté pour les délits importants, rendue dans un cadre paroissial pour les causes mineures.
Pour l'emploi, on demande... «l'admission à tout emploi civil ou militaire» par dix cahiers.
St-Lumine-de-Coutais précise... «faire admettre dans les collèges militaires, les communautés fondées par Elle (le Roi), un nombre d'enfants du Tiers-État des deux sexes, égal à celui de la noblesse qui sera fixé en fonction de la population de chaque évêché» (art. 17). Ceci signifie que les gens du Tiers souhaitent l'accès aux carrières pour eux et leurs enfants.
LA DÉFENSE DES CÔTES
Enfin, il faut aborder les réclamations de toutes les paroisses littorales ou de bord de mer.
«L'abolition des milices et matelots garde-côtes, canonniers, dont l'enrôlement ne produit que la désolation dans les villes, campagnes, ne donnent que des soldats qui désespèrent de leur sort, des marins qui, entrés dans un vaisseau, n'ont d'autre idée que celle de la mort» (Le Clion, art. 8). Et St-Michel Chef-Chef précise: «...qui nous arrache des enfants utiles pour les travaux de nos campagnes et qui n'étaient point familiarisés à la mer...» (art. 2).Deux solutions sont proposées dans les cahiers
«... les côtes de la mer en peuvent être... mieux... gardées que par ceux qui les habitent... Il fallait donc de la discipline... Les règlements y avaient prévu, si les riverains de la mer n'avaient été chargés que de ce soin... mais on a étendu trop loin leur service. Depuis l'exécution de ce règlement, ces paroisses se sont toujours trouvées très peu peuplées.. la liberté, l'ambition... ont appelé à la navigation une bonne partie des environs. Quel charme pour les jeunes paysans que les beaux habits, les bijoux... qu'apportent les parents et leur voisin au retour d'un voyage de l'Amérique ou de l'Inde. Mais surtout cet air de liberté et d'indépendance et ces narrations merveilleuses... Aussi, il ne reste dans le pays que ceux qui ont une... aversion décidée pour la mer... C'est cependant sur ce petit nombre qu'il a été fait pendant la dernière guerre des levées considérables pour la Marine Royale... novices volontaires... marins prétendus et supposés tels par dénonciation des officiers... lesquels ont été aussitôt enlevés et embarqués tant à bord des frégates... transports du Roi à Paimboeuf que sur les vaisseaux de Sa Majesté à Brest et à Lorient... d'où il est résulté une disette de bras très fâcheuse pour... l'agriculture en général... Il est plusieurs métairies où on est réduit à employer des filles pour conduire les boeufs, là travailler aux vignes. L'agriculture est donc négligée et la douleur n'est point sortie du coeur des habitants. Ils versent tous les jours des larmes au souvenir de ces jeunes... sans qu'aucun n'ait été utile à l'État. On en est parfaitement instruit par la notoriété publique et par l'aveu même des officiers de la Marine... Depuis la paix, quoique les tirages sous le titre de canonniers, matelots... excepté Paimboeuf où tous les individus sont attachés à la Marine et conséquemment au service, on n'a point encore fait partir ceux à qui le sort est tombé... et on ne peut compter sur l'espoir d'y être secouru par des bras qui y sont essentiels».CONCLUSION
L'étude des cahiers de doléances
du Tiers État pour 14 paroisses du nord du Pays de Retz a été
conjointement réalisée par les élèves de quatrième
et troisième des collèges Jean Mounès (4ème
A), Notre-Dame de Recouvrance (4ème F et 3ème E) de Pornic.
Au programme scolaire des quatrièmes,
cet aspect de la Révolution Française est un «plus»
dans la compréhension du cadre de vie de nos aïeux. La continuation
immédiate à cette présentation des cahiers peut être:
«Déceler les modes de vie, toutes les contingences, entourant la famille rurale au nord du Pays de Retz, à la fin du XVlllème siècle».Tout n'est donc pas dit, l'étude n'est pas totale. Déjà l'aperçu a permis de travailler sur de réels documents historiques.
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