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Les documents présentés ne montrent que quelques aspects de la question religieuse dans les environs de Paimboeuf mais sont significatifs du problème et de son évolution dans la région.RELIGION ET RÉVOLUTION
PRÊTRES JUREURS ET RÉFRACTAIRES DANS LE PAYS DE RETZ
De début 1789 à fin
1790, les premiers projets de la Révolution sont accueillis dans
l'ensemble avec joie par toute la population du Pays de Retz, y compris
par les membres du Bas Clergé surtout.
Réuni le 2 avril 1789 à
Nantes, au couvent des Jacobins, le Clergé élit 24 électeurs
en vue d'établir le cahier des revendications (parmi eux on trouve
le curé Picard de Frossay).
Tout est calme alors dans la région
et on n'entend aucune protestation de la part des religieux sur le fait
de mettre à la disposition de la Nation les biens ecclésiastiques,
afin de permettre d'attribuer un traitement minimum décent aux prêtres.
Il faut dire que le Bas-Clergé n'y voit que des avantages, réduit
depuis longtemps à la «portion congrue», «maigrement
rétribué et voué à toutes les fatigues de l'apostolat»,
comme le dit A. Lallié dans «Le Diocèse de Nantes pendant
la Révolution».
Dans l'ensemble donc, les habitants du Pays de Retz sont profondément religieux et très attachés à leurs prêtres qu'ils respectent et aiment à cause de tous les services qu'ils leur rendent. On trouve cependant certains paroissiaux (ceux de Saint Viaud par exemple) qui, dans leur Cahier de Doléances, accusent leurs curés:
- de ne pas avoir «d'heure fixe pour la messe»Les accusations sont donc ici très précises et sans appel mais pourtant les «paydrets» montreront ensuite un réel attachement pour leurs «bons prêtres» dès que ceux-ci seront attaqués dans leur foi et leur sacerdoce.
- «de ne se tenir à leurs confessionnaux qu'à leur volonté»
- de ne pouvoir «aller voir quelque malade surtout quand ils sont conviés de manger dans quelque endroit»
- de laisser «mourir sans confession beaucoup de monde»
- «de ne point faire de petite école, ce qui prive beaucoup de jeunes gens de leur instruction»
- de se faire «payer à leur volonté et à différents prix les mariages, baptêmes et enterrements»...
L'obligation du serment civique,
signée par Louis XVI le 26 décembre 1790, déclenche
dans le Pays de Retz une véritable GUERRE RELIGIEUSE. 80 à
90 % des prêtres refusent de prêter serment et se voient remplacés
par des curés assermentés ou constitutionnels que la population
appelle «les intrus».
Les «réfractaires»
sont obligés de fuir les persécutions et se réfugient
vers l'Espagne et le Portugal.
Certains même sont emprisonnés
à Nantes (au Bouffay), d'autres sont noyés en Loire sur les
ordres de Carrier. L'ensemble des habitants soutient avec ferveur ces «bons
prêtres», les cache, et assiste régulièrement
aux offices qu'ils font en plein air ou dans une grange quelconque.
C'est ainsi que, dans la partie ouest du Pays de Retz (plus particulièrement étudiée ici), on voit alors trois façons de réagir chez les curés et vicaires de campagne (on peut affirmer grâce à de multiples exemples que c'est ainsi dans tout l'ensemble du Pays)
1 - Certains prêtent serment sans aucun problème et c'est le cas par exemple des curés de Saint-Père-en-Retz et Sainte-Opportune ainsi que du curé Moret de Saint-Brévin extrêmement convainquant auprès de ses paroissiens et qui continue à assurer son ministère sans problème, administrant les sacrements dans des conditions souvent difficiles.S'ils ne choisissent pas l'exil, il leur reste la détention dans les ignobles prisons de Nantes avec bien souvent au bout, les noyades.
2 - D'autres (un petit nombre) prêtent serment à la Constitution aux alentours du 9 février 1791 mais se rétractent quelques mois plus tard (mai 1791) sous des prétextes divers.
Ainsi le curé de Saint-Viaud, l'abbé Le Quimeneur, écrit aux administrateurs du district de Paimboeuf, pour excuser son retour en arrière. Il explique que s'il a bien prêté le serment civique, «il n'a pu se résoudre à en dire le dernier membre soit: et de maintenir la constitution, que de plus sa conscience seule guidée et éclairée par de sérieuses réflexions sur les principes de la théologie l'a incité à faire sa rétractation»... Bref, a-t-il eu peur? ou a-t-il réfléchi aux conséquences de son acte? ou a-t-il eu connaissance de la décision du pape du 10 mars 1791 qui condamne la Constitution Civile du Clergé? En tout cas, s'étant rétracté, il doit quitter sa paroisse et, comme lui, bien d'autres curés (entre autres celui de Corsept).
3 - Les derniers, les plus nombreux, refusent le serment et deviennent donc «réfractaires». Sur 58 ecclésiastiques du district de Machecoul, seulement 6 prêtres prêtent serment. Pour ces «insoumis» cela signifie l'exil vers le Portugal ou l'Espagne; le 12 septembre 1792 est fixé pour l'embarquement à Paimboeuf sur trois bâtiments, le Français, le Didon et l'Aurore. Parmi eux de très nombreux prêtres de la région (ceux de St-Hilaire et Chauvé par exemple). Certains mourront en exil, d'autres ne reviendront en France que plus tard vers 1796-1797.
Enfin, pour ceux qui ont de la «chance»
ou des «complicités», c'est la vie dans la clandestinité,
loin de leurs paroisses (dans la ville de Nantes le plus souvent; par exemple
le curé Picard de Frossay avant d'y être arrêté
et emprisonné), ou dans leur paroisse et alors commence pour eux
une vie de traqués, de pourchassés. C'est ce qui arrive au
curé Galipaud de Pornic qui pendant plusieurs mois va se cacher
dit-on dans les «pierres druidiques» du tumulus des Mousseaux,
aidé en cela par des paroissiens dévoués.
Mais le prêtre réfractaire
qui fait date dans la région est sans conteste l'abbé Matthieu
Donatien Billot qui, jusqu'en 1799, exercera comme seul prêtre catholique
insermenté son sacerdoce. Il baptisera, mariera, enterrera, visitera
les malades, dira la messe, etc... tout cela dans la clandestinité.
Nous pouvons lire tous ses actes
dans son registre conservé aux archives paroissiales de Frossay
et dont nous reproduisons ici un extrait.
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On vient donc de plus de 20 paroisses alentour pour les baptêmes et mariages. Sans cesse pourchassé, l'abbé Billot échappe à toutes les poursuites en se déplaçant constamment. On le voit à Saint-Viaud, Chauvé, Arthon, Saint- Père-en-Retz, etc... et bien sûr à Frossay, où il revient le plus souvent à la Voirie qui est son meilleur refuge. «On entend retentir la cornemuse (Veuze) à différentes heures de la nuit, ce qui annonce la présence de prêtres réfractaires» écrit dans son rapport Lemercier, commissaire du Directoire exécutif du canton de Frossay. Il y eut dans le pays de Retz plusieurs exemples de prêtres de ce style ; mais peu résistèrent aussi longtemps.
II nous faut aussi évoquer
le cas de quelques curés jureurs installés à la place
des réfractaires. Leur installation n'est pas des plus aisées.
La plupart du temps elle est accompagnée d'un piquet de la garde
nationale et même quelquefois le district envoie des dragons comme
à St-Hilaire pour protéger le curé «intrus»
Guihéneuf (Le 5 juin 1791). Les ennuis continuent ensuite pour le
curé constitutionnel : ainsi à Frossay, le curé Brelet
qui a prêté serment bien avant que celui-ci soit exigé,
est très mal reçu par une population complètement
hostile. La garde nationale de Frossay, peu sûre, sera renforcée
par celles de Paimboeuf, Saint-Père en Retz, Sainte-Opportune et
Pornic, plus un détachement d'un régiment de ligne du Pellerin.
D'après un rapport du 30
septembre, Cadou, devenu Maire et commandant de la garde nationale de Frossay
«la
moitié de l'assistance garde son chapeau sur la tête»
lors de l'installation de Brelet. Chaque dimanche, au moment de l'évangile,
le bruit augmente dans l'église... Le curé ne peut porter
ses pas nulle part qu'il ne soit assailli de cris et de jurons, de charivaris...
on le traite même de Jean-foutre! On ravage son jardin, on le pille.
On menace le curé à coups de pierre. II affirme lui-même
que «quelqu'un a tiré des coups de feu» et soupçonne
«le domestique de l'ancien curé». Il se plaint «qu'un
prêtre réfractaire Monsieur Michelot vienne dire la messe
et attire des milliers de personnes dans le cimetière alors que
le premier juin lui-même ne put faire grand'messe par faute de paroissiens».
Ailleurs, certains hommes vont
au café pendant toute la durée de la messe du curé
jureur. Aussi la municipalité interdit-elle aux cafetiers de servir
à boire pendant l'office (à St-Hilaire un cafetier, Louis
Guérin, opposé aux idées nouvelles et qui a enfreint
le règlement, a un procès-verbal pour avoir ouvert son café
durant la messe).
Certains curés jureurs sont
de véritables figures inoubliables, par exemple l'abbé Abline
du Clion qui s'intitule «curé républicain» et
fait partie de la garde nationale qui reprend Pornic aux insurgés
dans la nuit du 23 mars 1793. Pierre Cormier de Chauvé l'appelle
plutôt «le féroce Abline, homme cruel et scélérat».
D'autres, plus peureux, ne viennent
jamais prendre leur poste. Ainsi à Rouans où les anciens
vicaires Gogué et Thébaud reviennent d'euxmêmes dans
leurs paroisses pour occuper la place laissée vide par les jureurs.
Ils en sont chassés très vite et bientôt on élit
un quatrième prêtre jureur qui est installé le 15 mars
1792. On a fait «murer la chapelle de la Basse Ville où
les prêtres insoumis viennent célébrer la messe».
On voit donc partout que la vie
est dure, très dure, pour ces prêtres assermentés et
qu'ils ont souvent bien du mérite à se tenir à la
tête des paroisses. Certains d'ailleurs seront tués lors de
combats (par exemple à Machecoul).
En conclusion, on peut donc constater
que la population du Pays de Retz est à un tel point de révolte
en l'année 1792 que la guerre civile est bien près d'éclater.
Cette année-là est celle «de la rancoeur et de la
haine». Les poursuites, arrestations, déportations et
emprisonnements des
«bons prêtres» font monter
petit à petit la colère et lever les premières fourches.
Y. Guin écrit «le
déclenchement est dû principalement aux mesures religieuses
parce que c'est justement la Religion qui structure le mode de vie paysan,
c'est elle qui donne la forme de la conception du monde et c'est par elle
que l'on verse nécessairement dans la contre-révolution».
Il y a pourtant quelques personnes
qui essaient de ne pas basculer dans la violence tout en respectant la
République; ainsi du curé Moret de Saint-Brévin qui
affiche pendant un certain temps dans son église: «Haine
à la royauté et à l'anarchie, attachement et fidélité
à la République et à la Constitution».
Mais, comme le dit D. Pierrelée,
il est certain
«que la révolte va naître d'une réaction
de défense pour préserver la stabilité sociale, et
de la mise en place d'une administration révolutionnaire»
installée par Paris sans aucun ménagement et sans tenir compte
des «mentalités et habitudes du pays», pourtant
peu turbulent de nature. Lucas de la Championnière avoue «l'improbabilité
de la prise des armes si tous les changements s'étaient effectués
en douceur».
L'annonce de la levée de
7 327 hommes en Loire-Inférieure va être «la goutte
d'eau qui fait déborder le vase» et dès le 10 mars
1793 (le 8 pour Chauvé) l'ouest entier se soulève aux cris
de «Vive le Roi, pas de tirage au sort, nous voulons nos bons
prêtres».
C'est en somme la lutte des «paysans
jugés ignorants» contre les «urbains héritiers
des lumières» nous dit J.-C. Martin.
Merci à toutes les personnes qui nous ont aidés et permis l'accès aux différents documents cités dans le texte ci-dessus.BIBLIOGRAPHIE
- Archives départementales, communales et paroissiales de Frossay, St-Viaud, St-Père en Retz, Chauvé.
- Registre de l'abbé Billot (curé de Frossay)
- Articles divers du Bulletin de la Société d'Etudes et de Eecherches Historiques du Pays de Retz
- Extraits de l'Histoire de Pornic par Bouyer.
- Famille J. Lucas et M. Berthebaud par l'abbé Lucas (Frossay)
- La Paroisse de Frossay pendant les événements révolutionnaires par P. Fréor.
- Le diocèse de Nantes pendant la Révolution par A. Lallier
- Vendée - Chouanneries par Y. Guin
- La Vendée et la France par J. C. Martin
- Sens de la répression républicaine en Vendée par J. C. Martin (présentation orale en 1987 à La Bernerie)
- Le Pays de Retz de E. Boutin
- Le sentiment religieux dans la paroisse de Saint- Viaud par R. Leduc.
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