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Pays de Retz
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RELIGION ET RÉVOLUTION


    Les documents présentés ne montrent que quelques aspects de la question religieuse dans les environs de Paimboeuf mais sont significatifs du problème et de son évolution dans la région.
    La situation du clergé du Pays de Retz avant la Révolution apparaît relativement aisée. Les inventaires des bénéfices attachés à chaque paroisse témoignent de l'ancienneté des possessions, leur assise foncière non négligeable. Les saisies effectuées au Pellerin ou à Paimboeuf après 1791 confirment cette impression.
    Quelques coups de projecteurs sur les Archives permettent de connaître l'atmosphère de la période.
    L'affaire du calvaire tout d'abord, remarquable par sa précocité (25 juin 1790) et par l'attitude des autorités. Un calvaire subit des déprédations: simple anecdote ou peut-être remise en question de la place de l'Église dans le système des valeurs de l'époque? L'attitude des autorités est sans ambiguïté; nous n'avons pas l'impression qu'elles traînent les pieds pour trouver les coupables qui sont découverts.
    Dans les années qui suivent, l'atmosphère est bien différente: remarques répétées, en termes incendiaires, à la Société Populaire contre les «symboles de l'obscurantisme»: statues, crucifix, dont on exige la destruction. L'église de Paimboeuf elle-même est réquisitionnée comme siège des assemblées, elle est rebaptisée en Temple de la Raison.
    La Constitution Civile du Clergé de 1790 divise le clergé de Paimboeuf. Les membres des Amis de la Constitution, affiliés au Club des Jacobins, s'insurgent contre l'attitude du curé qui par exemple refuse de célébrer un culte religieux à la mémoire de Mirabeau mort en avril 1791. Dès 1792 les saisies des biens du clergé se multiplient. Au Pellerin, le recteur a fui. Dans toutes les formes requises par la loi, 4 officiers se déplacent, écoutent plus de 30 témoins dont beaucoup se dérobent, et après trois jours d'enquête, saisissent l'ensemble des biens.
    Par contre, dans tous les interrogatoires du Comité de Surveillance en 1793 il n'est jamais fait mention de la question religieuse. De «brigands» (les Vendéens) oui, «d'aristocrates» oui, mais de protecteurs des prêtres réfractaires, jamais. Et pourtant la grande majorité du clergé local refuse de prêter serment; ils semblent soutenus par la majorité de la population des villages.
    Autant d'anecdotes qui donnent un éclairage significatif d'une des ruptures de la Révolution.
 
 

PRÊTRES JUREURS ET RÉFRACTAIRES DANS LE PAYS DE RETZ

    De début 1789 à fin 1790, les premiers projets de la Révolution sont accueillis dans l'ensemble avec joie par toute la population du Pays de Retz, y compris par les membres du Bas Clergé surtout.
    Réuni le 2 avril 1789 à Nantes, au couvent des Jacobins, le Clergé élit 24 électeurs en vue d'établir le cahier des revendications (parmi eux on trouve le curé Picard de Frossay).
    Tout est calme alors dans la région et on n'entend aucune protestation de la part des religieux sur le fait de mettre à la disposition de la Nation les biens ecclésiastiques, afin de permettre d'attribuer un traitement minimum décent aux prêtres. Il faut dire que le Bas-Clergé n'y voit que des avantages, réduit depuis longtemps à la «portion congrue», «maigrement rétribué et voué à toutes les fatigues de l'apostolat», comme le dit A. Lallié dans «Le Diocèse de Nantes pendant la Révolution».

    Dans l'ensemble donc, les habitants du Pays de Retz sont profondément religieux et très attachés à leurs prêtres qu'ils respectent et aiment à cause de tous les services qu'ils leur rendent. On trouve cependant certains paroissiaux (ceux de Saint Viaud par exemple) qui, dans leur Cahier de Doléances, accusent leurs curés:

- de ne pas avoir «d'heure fixe pour la messe»
- «de ne se tenir à leurs confessionnaux qu'à leur volonté»
- de ne pouvoir «aller voir quelque malade surtout quand ils sont conviés de manger dans quelque endroit»
- de laisser «mourir sans confession beaucoup de monde»
- «de ne point faire de petite école, ce qui prive beaucoup de jeunes gens de leur instruction»
- de se faire «payer à leur volonté et à différents prix les mariages, baptêmes et enterrements»...
    Les accusations sont donc ici très précises et sans appel mais pourtant les «paydrets» montreront ensuite un réel attachement pour leurs «bons prêtres» dès que ceux-ci seront attaqués dans leur foi et leur sacerdoce.

    L'obligation du serment civique, signée par Louis XVI le 26 décembre 1790, déclenche dans le Pays de Retz une véritable GUERRE RELIGIEUSE. 80 à 90 % des prêtres refusent de prêter serment et se voient remplacés par des curés assermentés ou constitutionnels que la population appelle «les intrus».
    Les «réfractaires» sont obligés de fuir les persécutions et se réfugient vers l'Espagne et le Portugal.
    Certains même sont emprisonnés à Nantes (au Bouffay), d'autres sont noyés en Loire sur les ordres de Carrier. L'ensemble des habitants soutient avec ferveur ces «bons prêtres», les cache, et assiste régulièrement aux offices qu'ils font en plein air ou dans une grange quelconque.

    C'est ainsi que, dans la partie ouest du Pays de Retz (plus particulièrement étudiée ici), on voit alors trois façons de réagir chez les curés et vicaires de campagne (on peut affirmer grâce à de multiples exemples que c'est ainsi dans tout l'ensemble du Pays)

    1 - Certains prêtent serment sans aucun problème et c'est le cas par exemple des curés de Saint-Père-en-Retz et Sainte-Opportune ainsi que du curé Moret de Saint-Brévin extrêmement convainquant auprès de ses paroissiens et qui continue à assurer son ministère sans problème, administrant les sacrements dans des conditions souvent difficiles.
    2 - D'autres (un petit nombre) prêtent serment à la Constitution aux alentours du 9 février 1791 mais se rétractent quelques mois plus tard (mai 1791) sous des prétextes divers.
    Ainsi le curé de Saint-Viaud, l'abbé Le Quimeneur, écrit aux administrateurs du district de Paimboeuf, pour excuser son retour en arrière. Il explique que s'il a bien prêté le serment civique, «il n'a pu se résoudre à en dire le dernier membre soit: et de maintenir la constitution, que de plus sa conscience seule guidée et éclairée par de sérieuses réflexions sur les principes de la théologie l'a incité à faire sa rétractation»... Bref, a-t-il eu peur? ou a-t-il réfléchi aux conséquences de son acte? ou a-t-il eu connaissance de la décision du pape du 10 mars 1791 qui condamne la Constitution Civile du Clergé? En tout cas, s'étant rétracté, il doit quitter sa paroisse et, comme lui, bien d'autres curés (entre autres celui de Corsept).
    3 - Les derniers, les plus nombreux, refusent le serment et deviennent donc «réfractaires». Sur 58 ecclésiastiques du district de Machecoul, seulement 6 prêtres prêtent serment. Pour ces «insoumis» cela signifie l'exil vers le Portugal ou l'Espagne; le 12 septembre 1792 est fixé pour l'embarquement à Paimboeuf sur trois bâtiments, le Français, le Didon et l'Aurore. Parmi eux de très nombreux prêtres de la région (ceux de St-Hilaire et Chauvé par exemple). Certains mourront en exil, d'autres ne reviendront en France que plus tard vers 1796-1797.
    S'ils ne choisissent pas l'exil, il leur reste la détention dans les ignobles prisons de Nantes avec bien souvent au bout, les noyades.
    Ainsi en est-il pour Pierre Guérin, chapelain du Migron en Frossay qui, arrêté le 5 juin 1792, fait partie, le 16 novembre, d'une sapine coulée en Loire et aussi pour le recteur Thomas Lacombe, curé de Corsept, âgé de 68 ans, qui réussit à se défaire de ses liens et à s'échapper. Recueilli par des marins, avec deux autres prêtres, ils sont réclamés par Carrier et rejetés, le lendemain, en Loire, lestés de quelques poids pour être sûr du résultat. L'abbé Bodet, ancien recteur de Saint-Brevin est d'abord torturé avant de finir ses jours dans cette même noyade.

    Enfin, pour ceux qui ont de la «chance» ou des «complicités», c'est la vie dans la clandestinité, loin de leurs paroisses (dans la ville de Nantes le plus souvent; par exemple le curé Picard de Frossay avant d'y être arrêté et emprisonné), ou dans leur paroisse et alors commence pour eux une vie de traqués, de pourchassés. C'est ce qui arrive au curé Galipaud de Pornic qui pendant plusieurs mois va se cacher dit-on dans les «pierres druidiques» du tumulus des Mousseaux, aidé en cela par des paroissiens dévoués.
    Mais le prêtre réfractaire qui fait date dans la région est sans conteste l'abbé Matthieu Donatien Billot qui, jusqu'en 1799, exercera comme seul prêtre catholique insermenté son sacerdoce. Il baptisera, mariera, enterrera, visitera les malades, dira la messe, etc... tout cela dans la clandestinité.
    Nous pouvons lire tous ses actes dans son registre conservé aux archives paroissiales de Frossay et dont nous reproduisons ici un extrait.
 

Extrait du Registre Paroissial de Frossay

    On vient donc de plus de 20 paroisses alentour pour les baptêmes et mariages. Sans cesse pourchassé, l'abbé Billot échappe à toutes les poursuites en se déplaçant constamment. On le voit à Saint-Viaud, Chauvé, Arthon, Saint- Père-en-Retz, etc... et bien sûr à Frossay, où il revient le plus souvent à la Voirie qui est son meilleur refuge. «On entend retentir la cornemuse (Veuze) à différentes heures de la nuit, ce qui annonce la présence de prêtres réfractaires» écrit dans son rapport Lemercier, commissaire du Directoire exécutif du canton de Frossay. Il y eut dans le pays de Retz plusieurs exemples de prêtres de ce style ; mais peu résistèrent aussi longtemps.

    II nous faut aussi évoquer le cas de quelques curés jureurs installés à la place des réfractaires. Leur installation n'est pas des plus aisées. La plupart du temps elle est accompagnée d'un piquet de la garde nationale et même quelquefois le district envoie des dragons comme à St-Hilaire pour protéger le curé «intrus» Guihéneuf (Le 5 juin 1791). Les ennuis continuent ensuite pour le curé constitutionnel : ainsi à Frossay, le curé Brelet qui a prêté serment bien avant que celui-ci soit exigé, est très mal reçu par une population complètement hostile. La garde nationale de Frossay, peu sûre, sera renforcée par celles de Paimboeuf, Saint-Père en Retz, Sainte-Opportune et Pornic, plus un détachement d'un régiment de ligne du Pellerin.
    D'après un rapport du 30 septembre, Cadou, devenu Maire et commandant de la garde nationale de Frossay «la moitié de l'assistance garde son chapeau sur la tête» lors de l'installation de Brelet. Chaque dimanche, au moment de l'évangile, le bruit augmente dans l'église... Le curé ne peut porter ses pas nulle part qu'il ne soit assailli de cris et de jurons, de charivaris... on le traite même de Jean-foutre! On ravage son jardin, on le pille. On menace le curé à coups de pierre. II affirme lui-même que «quelqu'un a tiré des coups de feu» et soupçonne «le domestique de l'ancien curé». Il se plaint «qu'un prêtre réfractaire Monsieur Michelot vienne dire la messe et attire des milliers de personnes dans le cimetière alors que le premier juin lui-même ne put faire grand'messe par faute de paroissiens».
    Ailleurs, certains hommes vont au café pendant toute la durée de la messe du curé jureur. Aussi la municipalité interdit-elle aux cafetiers de servir à boire pendant l'office (à St-Hilaire un cafetier, Louis Guérin, opposé aux idées nouvelles et qui a enfreint le règlement, a un procès-verbal pour avoir ouvert son café durant la messe).
    Certains curés jureurs sont de véritables figures inoubliables, par exemple l'abbé Abline du Clion qui s'intitule «curé républicain» et fait partie de la garde nationale qui reprend Pornic aux insurgés dans la nuit du 23 mars 1793. Pierre Cormier de Chauvé l'appelle plutôt «le féroce Abline, homme cruel et scélérat».
    D'autres, plus peureux, ne viennent jamais prendre leur poste. Ainsi à Rouans où les anciens vicaires Gogué et Thébaud reviennent d'euxmêmes dans leurs paroisses pour occuper la place laissée vide par les jureurs. Ils en sont chassés très vite et bientôt on élit un quatrième prêtre jureur qui est installé le 15 mars 1792. On a fait «murer la chapelle de la Basse Ville où les prêtres insoumis viennent célébrer la messe».
    On voit donc partout que la vie est dure, très dure, pour ces prêtres assermentés et qu'ils ont souvent bien du mérite à se tenir à la tête des paroisses. Certains d'ailleurs seront tués lors de combats (par exemple à Machecoul).

    En conclusion, on peut donc constater que la population du Pays de Retz est à un tel point de révolte en l'année 1792 que la guerre civile est bien près d'éclater. Cette année-là est celle «de la rancoeur et de la haine». Les poursuites, arrestations, déportations et emprisonnements des «bons prêtres» font monter petit à petit la colère et lever les premières fourches.
    Y. Guin écrit «le déclenchement est dû principalement aux mesures religieuses parce que c'est justement la Religion qui structure le mode de vie paysan, c'est elle qui donne la forme de la conception du monde et c'est par elle que l'on verse nécessairement dans la contre-révolution».
    Il y a pourtant quelques personnes qui essaient de ne pas basculer dans la violence tout en respectant la République; ainsi du curé Moret de Saint-Brévin qui affiche pendant un certain temps dans son église: «Haine à la royauté et à l'anarchie, attachement et fidélité à la République et à la Constitution».
    Mais, comme le dit D. Pierrelée, il est certain «que la révolte va naître d'une réaction de défense pour préserver la stabilité sociale, et de la mise en place d'une administration révolutionnaire» installée par Paris sans aucun ménagement et sans tenir compte des «mentalités et habitudes du pays», pourtant peu turbulent de nature. Lucas de la Championnière avoue «l'improbabilité de la prise des armes si tous les changements s'étaient effectués en douceur».
    L'annonce de la levée de 7 327 hommes en Loire-Inférieure va être «la goutte d'eau qui fait déborder le vase» et dès le 10 mars 1793 (le 8 pour Chauvé) l'ouest entier se soulève aux cris de «Vive le Roi, pas de tirage au sort, nous voulons nos bons prêtres».
    C'est en somme la lutte des «paysans jugés ignorants» contre les «urbains héritiers des lumières» nous dit J.-C. Martin.

Classe de Cinquième Blanche  Collège Saint-Roch  Saint-Père-en-Retz
    Merci à toutes les personnes qui nous ont aidés et permis l'accès aux différents documents cités dans le texte ci-dessus.
BIBLIOGRAPHIE
- Archives départementales, communales et paroissiales de Frossay, St-Viaud, St-Père en Retz, Chauvé.
- Registre de l'abbé Billot (curé de Frossay)
- Articles divers du Bulletin de la Société d'Etudes et de Eecherches Historiques du Pays de Retz
- Extraits de l'Histoire de Pornic par Bouyer.
- Famille J. Lucas et M. Berthebaud par l'abbé Lucas (Frossay)
- La Paroisse de Frossay pendant les événements révolutionnaires par P. Fréor.
- Le diocèse de Nantes pendant la Révolution par A. Lallier
- Vendée - Chouanneries par Y. Guin
- La Vendée et la France par J. C. Martin
- Sens de la répression républicaine en Vendée par J. C. Martin (présentation orale en 1987 à La Bernerie)
- Le Pays de Retz de E. Boutin
- Le sentiment religieux dans la paroisse de Saint- Viaud par R. Leduc.

 


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