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Massacres au Pays de Retz


    La célébration du deuxième centenaire de la Révolution Française doit nous permettre de regarder, ensemble, ce passé qui est celui de notre petite patrie, chacun devant tirer les leçons de cette histoire, la nôtre, pour sortir des mythes républicains et royalistes.

    Cette page d'histoire, aux événements souvent incohérents, a jeté nos ancêtres les uns contre les autres, au nom d'aspirations profondes à plus de liberté, d'égalité. La lecture qu'ils avaient de ces deux termes n'était pas la même, et ils en oublièrent la fraternité.

    C'est au nom de la liberté qu'ils se sont opposés. Michelet dans son Histoire de la Révolution Française, au livre III, p. 300-301, dit que les jacobins «montrèrent pour la majorité, le dédain le plus atroce, et crurent d'une foi si farouche à leur infaillibilité, qu'ils lui immolèrent un monde d'hommes vivants».

    C'est au nom de la liberté, de la liberté de croire en leur religion, qu'on voulait réduire à une simple institution administrative, que les Vendéens furent poursuivis, pourchassés jusqu'au martyre, puisque des gens, femmes, enfants, vieillards, furent emprisonnés, exécutés, massacrés, parce que leurs maris, leurs frères, leurs enfants, étaient partis combattre ceux qui leur ôtaient ce que la Déclaration des Droits de l'Homme leur avait promis: «Nul ne doit être poursuivi pour ses opinions, mêmes religieuses» (Art. X).

    Ils étaient poursuivis, certains non pour des raisons politiques, mais spirituelles. Après l'écrasement de Savenay, Kléber proclamait: «l'Armée Catholique et Royale n'est plus». On met toujours en tête le titre principal, par exemple on dit: «France, pays de liberté ; Monsieur Untel, président de..., etc ».

    Le pouvoir jacobin voulait soumettre le spirituel, la pensée, la conscience au politique et il a légiféré dans ce sens. Des Français ont rejeté cet ordre de choses, et ils ont sacrifié leur bien le plus précieux, leur vie, pour qu'on leur reconnaisse le droit d'être eux-mêmes, maîtres de leur pensée, de leur conscience, de leur foi, et qu'au nom de ce droit on leur accorde l'égalité.

    Le philosophe Bergson, commentant l'article 1er de la Déclaration des Droits de l'Homme disait: «Elle proclame la liberté, elle réclame l'égalité et elle concilie ces deux soeurs ennemies en leur rappelant qu'elles sont soeurs, en mettant au-dessus de tout la fraternité».

    C'est pour n'avoir pas su, pas voulu, ou pas pu parvenir à cette conciliation qu'on en a oublié la fraternité.

    Après ces deux siècles, il nous faut garder d'oublier cette trilogie. Lazare Hoche disait : «les hommes sont toujours les mêmes, et les révolutions ne les changent point» (Dérapage de la Révolution). C'est pourquoi il est bon de nous souvenir de NOTRE histoire, afin que nous ne commettions pas les mêmes erreurs que nos ancêtres. Bleus ou Blancs, ils se sont sacrifiés pour une cause juste. Les uns et les autres: fonctionnaires désirant participer aux réformes nécessaires, soldats obéissant à leurs engagements militaires, insurgés vendéens défendant leur liberté de croire et refusant un ordre qu'on voulait leur imposer par la violence, tous méritent notre respect. Regardons les et oublions les lâches, les traîtres, les profiteurs, les bourreaux qui, sans respecter les droits des autres, ne songeaient qu'à eux-mêmes, qu'à assouvir leurs instincts. Hélas, dans les périodes de troubles ou d'instabilité, ces derniers provoquent le pire, parce que, comme le remarque Malouet dans ses mémoires (T. II - p. 156) «Dans ces circonstances, les bons, ont à peine conscience de leur existence, les méchants, seuls, paraissent en évidence».

    Que ce bicentenaire nous fasse regarder, sans parti pris, les crimes et les erreurs du passé, pour les pardonner sans les oublier, accepter chez les autres leurs qualités comme leurs différences pour les comprendre et les accueillir, afin d'oeuvrer ensemble, dans la fraternité pour plus d'égalité, dans la liberté de tous.

    Sans oublier l'article 29 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme qui peut se résumer ainsi:

«La liberté de chacun n'a de limites dans sa propre existence que celles que lui impose le respect de la liberté des autres».
Louis GUÉRIN

 


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