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1 - NATUREClub et Société Populaire à Paimboeuf
La Révolution, c'est aussi l'apprentissage de la démocratie au sein des clubs, des sociétés populaires. Ils sont les héritiers des cercles de discussion nés au XVllème siècle en Grande-Bretagne, nombreux au XVlllème en France. Le Club des Jacobins à Paris rassemblait une élite sélectionnée par un droit d'entrée assez élevé à l'origine. Assez vite, d'autres clubs (celui des Cordeliers par exemple) accueillent les citoyens plus démunis.2 - FONCTIONNEMENTLes premiers feuillets exploités aux Archives s'ouvrent par la demande de la Société des Amis de la Constitution d'admission au Club des Jacobins, devenu, sous l'influence de Robespierre, un lieu de débat plus ouvert.
Dès sa fondation en 1791, n'y adhèrent que la petite bourgeoisie commerçante, des artisans, les marins et militaires. Peu de laboureurs : Paimboeuf à l'époque est une ville portuaire et administrative importante au Pays de Retz. Symbole de l'ouverture de la ville, la société rassemble bien des personnes extérieures, par leur origine, à la région. Ne sont admis que les hommes, d'âge mûr pour l'époque. Pour une population de 1200 feux, 173 adhérents dès l'origine. Ce n'est pas négligeable.
Pour les années 1794-1795, nous disposons des archives de la Société Populaire où l'épuration des tièdes aux mesures de la Terreur explique le titre complémentaire de «Régénérée»; fonctionnaires, militaires et marins y sont plus nombreux mais ceci est en partie dû aux changements de professions des 2/5 des membres de 1791 à 1794. Mutation remarquable!
La réaction thermidorienne après la mort de Robespierre (9 Thermidor an II - juillet 1794) est caractérisée par un vocabulaire moins violent et par la réutilisation du premier registre des délibérations abandonné pendant la Terreur. Renouvellement de l'assemblée? Manque de papier à une période où les pénuries sont réelles, volonté d'estomper l'âpreté des débats pendant la Terreur?
Le règlement de la Société est très précis, son organisation très structurée, son fonctionnement démocratique, ses objectifs civiques et politiques.3 - LES DÉBATSCependant, à la lecture des délibérations on apprend que le versement des cotisations n'est pas bien régulier. Les débats sont très suivis pendant la Convention, mais après la mort de Robespierre, on se plaint de la faible participation aux assemblées.
Celles-ci débutent toujours par l'hymne de la liberté, la Marseillaise, et la lecture du procès-verbal de la veille. Celui-ci est parfois contesté, on passe alors beaucoup de temps à nuancer une idée ou expliquer un rapport. Tout compte rendu est signé de la main du Président et du Secrétaire. Le règlement est imprimé et le modèle devait être commun à beaucoup de sociétés populaires.
Les assemblées sont quotidiennes après le travail, dans le Temple de la Raison, nom nouveau de l'église de Paimboeuf réquisitionnée. Les conditions de travail y sont difficiles, certains demandent des vitres, l'installation de tribunes pour le public, quant aux femmes, si leur présence n'est pas contestée, on débat pour savoir si le tricot est bien permis. Après vote, ces citoyens considèrent que, finalement, leurs épouses, qui ne participent pas officiellement, ne gênent pas. La demande d'une bibliothèque est bien dans l'esprit du temps, elle permettrait à beaucoup de développer leur culture. Beaucoup signent de leur nom. La société populaire rassemble bien une élite.
Les échanges entre villes sont lents et encore, la Loire est un axe privilégié. Le demande de retarder le départ du courrier de Nantes à Paimboeuf permettrait, dit-on, d'avoir les nouvelles de Paris le samedi au lieu du mardi. Espace-temps bien différent du nôtre, volonté de rester à l'écoute du coeur de la Révolution. La demande fut agréée.
Et finalement, de quoi y débat-on ?
Ils sont semblables à ceux de beaucoup de sociétés populaires
• défense des idéaux révolutionnaires: la vertu, la probité, la fraternité; la vérification des certificats de civisme (mais si on demande pour certains l'emprisonnement à vie, on exige de libérer les «bons» citoyens mal jugés).Tout un réseau de relations avec les milliers de sociétés, lettres manuscrites où sont rappelées en termes forts, parfois dans un style ampoulé, les idéaux révolutionnaires. Mais aussi des textes imprimés en provenance de toute la France sur les grands débats politiques du moment. Le ton y est solennel quand il s'agit de défendre la Patrie ou d'accélérer l'arrivée au Siècle d'Or; moralisateur, vindicatif quand est évoquée la guerre avec les «brigands», les Vendéens; fraternel quand des sociétés applaudissent à une victoire sur l'ennemi.
L'organisation de fêtes révolutionnaires mobilise l'assemblée (anniversaire par exemple de l'échec de la prise de Paimboeuf par les «brigands»). Planter ou non un arbre de la Liberté, élever ou non une statue de Marat, symbole de la Révolution, est objet de longues discussions.
• relais de l'autorité du district.
Faire respecter le Maximum en dénonçant les spéculateurs, empêcher le trafic des bestiaux, discuter le prix de transport par gabares de détenus de Paimboeuf à La Montagne, dénoncer les traitres, surveiller les femmes de mauvaise vie, inquiétude du manque d'instituteurs (des marins sont recrutés).
• relais des ordres de la Convention à Paris.
Épargner le cuir pour équiper l'armée républicaine, trouver des spécialistes de la fonte des canons, récupérer le salpêtre, éviter de consommer les noix pour qu'avec l'huile on puisse faire du savon, récupérer les couvertures de l'hôpital pour tailler des vêtements aux soldats.
• transmission des informations ou des prises de position.
Certains s'insurgent de la façon dont est conduite la guerre de Vendée par les généraux; mais on s'abstient de soutenir la pratique des noyades en Loire par Carrier.
• défense d'intérêts locaux ou évocation de problèmes quotidiens dus à la pénurie. Demande des privilèges de port colonial à Paimboeuf qui semble n'être que l'avant-port de Nantes. Accroissement du port par là construction de bassins. Développement suggéré de la culture de la pomme de terre. Constat de l'abondance des friches. Pénurie de savon qui pourrait disparaître en transformant le goémon.
La Société populaire en 1793-1794 est donc un lieu de discussions, école de démocratie; elle est en relation avec les organes centraux ou locaux du pouvoir mais aussi les autres sociétés dispersées dans tout le pays.
Deux préoccupations chez les patriotes de Paimboeuf: pour un tiers des correspondances, la guerre avec la Vendée et, fréquemment, l'inquiétude d'un débarquement anglais. Avec les autres sociétés revient souvent le souci de vérifier les certificats de civisme, de faire la chasse aux suspects, thèmes caractéristiques de la Terreur de 93 à juillet 94. Il n'en a pas toujours été ainsi.
4 - Les grands débats de la Société:
le reflet de l'histoire de la Révolution.
Quelques dates-clefs:
Juin 1791, la fuite du Roi.- La mort de Mirabeau est l'occasion de débats et courrier assez vifs avec le clergé local qui refuse de célébrer un office à sa mémoire, «à un si brave homme» dont le décès n'est appris qu'avec huit jours de retard, comme tous les autres événements marquants.
9 thermidor an II (27 juillet 1794), la mort de Robespierre.
A travers tous ces documents, transparaît
la vie de 1791 à 1796 d'une petite ville de l'ouest. Mais quel ton!
quels débats passionnés, expression des turbulences de vie
politique, mais surtout de la citoyenneté, valeur nouvelle, révolutionnaire.
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