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Prise de Machecoul

par Charette le 11 juin 1793



    Le 11 juin, CHARETTE se présenta devant Machecoul que défendaient le général BOISGUILLON et le colonel PRAT du 34ème Régiment d'Infanterie. Ils étaient à la tête de 2500 hommes et de 10 pièces de canon.
    D'après une lettre adressée par l'administration du département au général CANCLAUX, les forces de CHARETTE s'élevaient à 30 000 hommes, mais un autre document indique 10 0000 à 12 000 hommes, ce qui, selon la remarque de Verger, est plus près de la vérité.
    Une partie du 34ème d'infanterie s'était placée avec de l'artillerie en avant de la ville dans les Chaumes, près des moulins. Le château était occupé par 300 hommes, 600 autres étaient campés en dehors des fossés dans les prairies qui bordent les chemins de la Garnache et du Bois de Céné. Deux détachements avec une pièce de 6 chacun, défendaient les postes de l'hôpital et du Calvaire.

    L'armée royaliste se déploya dans les terres, en face du château et de l'hôpital, ayant sa tête au chemin de St-Même et sa queue à celui de Paulx. LA CATHELINIERE avait échelonné ses hommes de la route de Port Saint Père aux marais de Machecoul, en avant du faubourg de Sainte-Croix. JOLY et SAVIN occupaient les routes de la Garnache et de Bois de Céné, tandis que CHARETTE et VRIGNAUD se tenaient au centre de l'armée.

    L'action se trouva engagée sur tous les points à la fois. De part et d'autre on se battit avec acharnement.
    Les Royalistes coururent aux canons pour s'en emparer. Chaque fois qu'ils voyaient briller la lumière, ils se couchaient à plat ventre afin d'échapper à la mort. SAVIN attaqua vigoureusement le château et deux fois il fut repoussé, pendant que JOLY combattait sans perdre de terrain.
    Au faubourg Ste-Croix, LA CATHELINIERE résistait à une vive fusillade, les Républicains se battant sur ce point, comme sur tous les autres, en désespérés. Au milieu de la lutte, la victoire flottant incertaine, VRIGNAUD est frappé à mort, ses soldats découragés prennent la fuite.
    L'épée à la main, CHARETTE et JOLY les arrêtent et les ramènent au combat ; puis, suivis de 100 cavaliers et des gars du Loroux, les deux chefs se portent sur les canons pointés à la Chaume, tuent les artilleurs et s'emparent de leurs pièces, tandis que non loin de là, LA CATHELINIERE culbute les postes qui défendent le faubourg Ste-Croix.

    A l'autre extrémité de la ville, au même moment et pour la troisième fois, SAVIN attaque le château et s'en rend maître. Des 300 défenseurs, 160 seulement purent s'échapper et regagner la ville poursuivis par les Royalistes.
    Un combat acharné s'engage près de l'Auditoire et de l'église de la Trinité. Les patriotes réfugiés dans les maisons tiraient par les fenêtres. Sur la place, dans les rues, dans les jardins, on se prenait au corps à corps.
    Les paysans pénétraient dans les maisons qui voisinent l'Auditoire, assommaient ceux qui y étaient renfermés et qui préféraient mourir plutôt que de se rendre.

    Les Républicains cernés au centre de la ville étaient sur le point d'être faits prisonniers, quand le colonel PRAT, trompant la vigilance de SAVIN qui était occupé au château, se retira sur la route de la Garnache demeurée libre, entraînant avec lui les débris de ses troupes.
    CHARETTE le poursuivit et le mit en déroute.

    La bataille avait duré 4 heures. BOISGUILLON fut assez grièvement blessé. Les Royalistes pleurèrent surtout la mort de VRIGNAUD. Les «gars de Vieillevigne» pour venger sa mort, massacrèrent dans les ambulances 300 blessés ou malades, malgré les efforts que fit CHARETTE pour empêcher ces crimes.
    Les femmes avaient pris part au combat. Deux furent trouvées parmi les cadavres qui jonchaient la ville. Une troisième reçut la mort des mains de PAJOT, au moment où elle chargeait son arme pour faire feu sur lui. Les Vendéens firent 600 prisonniers, prirent 18 pièces de canons, 29 chevaux d'attelage, des chariots chargés de vivres, 3 ambulances.
    Un chirurgien patriote se trouvait parmi les prisonniers. CHARETTE le chargea de panser les blessés républicains, et même, se fiant à sa loyauté, ses propres blessés.

(Extrait de la Révolution à Machecoul par M. Ollivier, F. Traséas).

École Saint-Honoré - Machecoul

 

 
13 décembre 1793 - 13 nivôse An II
PLAN DE LA BATAILLE DE MACHECOUL 
    «Une division partit de Nantes le 8 nivôse, sous les ordres du général TILLY, pour se rendre à Machecoul et y rester jusqu'à nouvel ordre.
    Le 10 nivôse, la division reçut l'ordre de se porter sur Challans pour protéger la prise de Noirmoutier, d'après les ordres du général HAXO chargé de cette expédition.
    Le même jour, trois heures après le départ de l'armée, les brigands s'emparèrent de Machecoul où ils massacrèrent plusieurs soldats républicains qui n'avaient pas suivi la colonne.
    Le 13 nivôse, la division reçut l'ordre de partir de Challans pour reprendre Machecoul; elle arriva sur les 10 heures du matin au-dessus de la ferme de la Marslière, distante de trois-quart de lieue de Machecoul. Les brigands attendaient la division dans un bois situé sur la droite pour livrer le combat qui dura environ une heure.
    Ils avancèrent par pelotons et ils parvinrent jusqu'à venir au bord de la route dans les joncs marins assez épais et assez grands pour les couvrir des coups de fusils et d'un obusier qui les mit en déroute. Le représentant du peuple LIGUELLOT, derrière la pièce de canon, fut présent à cette affaire.
    Les brigands firent leur retraite du côté de St-Philbert, la forêt de Machecoul et Bois de Céné, poursuivis par les hussards et les grenadiers du 6ème régiment, ci-devant Armagnac.
  Pendant le combat, des femmes, des enfants et des vieillards se sauvaient de Machecoul pour aller se cacher soit dans la forêt, soit dans St-Philbert. La division entra dans Machecoul à 11 heures et demie. Il fut établi des bivouacs tout autour de la ville et disposés de manière à se réunir à l'instant, au point qui aurait pu être attaqué, ce qui arriva le 15 nivôse à 4 heures de l'agrès-midi. Les brigands arrivèrent du côté de la forêt par la route de St-Philbert. La majeure partie de la division fut assemblée en un clin d'oeil à l'embranchement des chemins de Legé et de St-Philbert, et de la route de Challans. Elle était commandée par le chef de brigade LARUE. Les brigands furent à l'instant mis en déroute et poursuivis par le 6ème régiment, le 2ème bataillon de Paris et les hussards du 9ème jusque dans les marais et au bord de la forêt.
    Plusieurs de ces scélérats furent taillés en pièces et si le jour ne fut venu de mettre fin à une si belle entreprise, l'armée de CHARETTE était totalement détruite.
    Pendant le combat, la brigade de CARPENTIER et le bataillon de Dordogne commandés par ce général étaient rangés en bataille au moulin situé sur la grande route de Nantes par Port Saint Père et l'entrée de Machecoul pour empêcher les brigands de s'introduire par ce passage dans la ville».
 
Rapport fait au ministère de la Guerre,
cité par Gautherot dans « L'épopée vendéenne».


(1) «brigands»: insurgés royalistes, appelés aussi «vendéens».


 


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