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Un épisode de la guerre navale en Baie de Bourgneuf Le blocus anglais de Noirmoutier
et son échec (22 septembre 1795)
Nous sommes en septembre 1795, les guerres de Vendée opposant les Républicains aux armées de Charette appuyées par l'Angleterre se poursuivent. C'est dans ce contexte que les britanniques et certains émigrés à la tête desquels se trouve le comte d'Artois, décident d'organiser le blocus de Noirmoutier.
A la fin du mois d'août 1795, le comte d'Artois s'embarque à Portsmouth sur la frégate «Le Jason» dans le but de se placer à la tête des Royalistes de l'ouest de la France.
L'expédition commandée par Lord MOIRA comprend 123 voiles dont un nombre important de navires de transport. Le convoi amène 2500 soldats dont 400 à 500 émigrés français. Rapidement, on pense à l'attaque de Noirmoutier, mais CHARETTE fait savoir que celle-ci est prématurée. Sur l'île, le général CAMBRAY (Rép.) s'apprête à défendre Noirmoutier et en effet le 22 septembre on aperçoit au large une frégate et un cutter anglais. Le lendemain 6 bâtiments sont en vue. Le conseil général de la commune siège sans désemparer et protège les registres de l'administration municipale.
Le 24 septembre, ce sont 64 voiles de guerre qui filent vers Noirmoutier ainsi qu'une quarantaine de navires de transport de troupes.
Bientôt, 101 voiles sont en baie de Bourgneuf. Le soir elles cernent l'île.
Certains bâtiments passent si près de la côte qu'on entend les chants royalistes.
Le général CAMBRAY envoie ses souhaits de bienvenue à ces hôtes indésirables en faisant chanter ses propres soldats.Nous sommes le 25 septembre, CAMBRAY demande des renforts et fait réquisitionner chevaux, boeufs, hommes de 15 à 60 ans.
«Prévenez aussi, écrit-il aux officiers municipaux, que je ferai sévir contre quiconque voudra détruire la confiance que doivent inspirer les chefs militaires par des propos et des réflexions déplacés.»Les seuls bâtiments de la Marine Nationale que CAMBRAY ait à sa disposition sont la corvette Le Scorpion (14 canons) et la chaloupe-canonnière La Rude.
Le sort de ces deux navires va être vite réglé : La Rude est en station près du Gois «sur les 10 heures et demie du soir (le 25 septembre) nous avons été attaqués par deux grandes canonnières anglaises et trois bateaux plats (canonnières légères à rames) qui nous prenaient de tous côtés et qui avaient un poste très avantageux sur nous... (la mer était basse et La Rude échouée). Nous leur avons tiré 20 à 30 coups de canon mais étant échoué et voyant qu'il n'y avait plus d'espoir, j'ai ordonné de mettre le feu aux poudres et nous sommes sauvés en nos embarcations à terre» (Cit. L. Troussier).
En attaquant ainsi La Rude, les Anglais cherchaient à favoriser l'entrée de Charette à Noirmoutier par le Gois, mais en fait Charette n'avait semble-t-il plus envie de se mesurer aux troupes que Hoche avait disposées le long des côtes. De plus, il était en train de se faire battre à Saint Cyr (25 septembre). II avait d'ailleurs annoncé au comte d'Artois «je ne puis m'avancer sur la côte qu'au préalable je n'aie enlevé les postes de Challans, Machecoul, Beauvoir et Bouin».La situation évoluait dans la nuit du 26 au 27 septembre: des canonnières anglaises s'approchent du Scorpion et le général CAMBRAY appelle au secours auprès des officiers municipaux: «L'ennemi, cette nuit, a fait une tentative sur la corvette Le Scorpion, mais nos boulets bien dirigés, en ont empêché le succès... Cependant je vous prie de faire une proclamation afin que tous les habitants viennent aux batteries armés de n'importe quelle manière... ».
Finalement pour simplifier les choses, CAMBRAY fait échouer Le Scorpion anse du Tambourin et le fait désarmer. Il s'en explique ainsi: «Les canons nous ont servi pour notre défense, les marins dispersés sur les différents forts ont montré le plus grand désir de se battre...».
En réalité on ne se battait pas, et le 27 à midi, une chaloupe anglaise aborde près du Vieil: le comte MURRAY rencontre le général CAMBRAY pour lui intimer l'ordre de se rendre. CAMBRAY essaie de gagner du temps en consultant le général divisionnaire CANUEL à Machecoul. Ce stratagème permet de faire entrer par le Gois à marée basse 800 hommes, les navires anglais ne pouvant s'approcher assez pour empêcher ce mouvement.
Dans un deuxième temps, CAMBRAY décide de mettre Noirmoutier en état de siège: «Aujourd'hui 5 vendémiaire... sept heures du soir (27 sept.), nous, membres du Conseil de guerre de Noirmoutier, après la sommation qui nous a été faite le jour d'hier par le commodore anglais à bord de la Pomone faisant partie de l'escadre étant mouillée dans la baie de Bourgneuf de rendre l'île de Noirmoutier en son pouvoir, déclarons que la place de Noirmoutier est en état de siège».
De plus CAMBRAY envoie aux Anglais une fière et dernière réponse: «Messieurs... vous pourrez m'attaquer quand vous voudrez, nous périrons tous ou nous serons victorieux».
Le lendemain, le 28 septembre, deux corvettes appareillent et font route vers l'ouest et les canonnières qui étaient placées dans le Gois rejoignent l'escadre mouillée en Baie de Bourgneuf.
Le 29, 17 ou 18 voiles lèvent l'ancre en direction de l'lie d'Yeu.
Mais, dans la nuit on croit encore fermement à un débarquement: vers 11 heures du soir des coups de canon sont tirés par les navires anglais. Ces canonnades durent jusqu'à 1 heure et demie le lendemain (30 sept.). Au lever du jour les Anglais n'insistent plus et tout ce qui reste de la flotte anglaise a appareillé vers l'île d'Yeu.
Y. Kesteman
Bibliographie:
Participation de la marine aux guerres de Vendée - L. Frapel
La Vendée et la chouannerie - Ch. L. Chassin La chouannerie - Ch. Le Goffic
Le comte d'Artois et l'expédition de file d'Yeu - Vicomte du Breil de Pontbriand
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