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Pays de Retz
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Les lois scolaires dans le Pays de Retz

avant et pendant la Révolution


AVANT LA RÉVOLUTION

    On retrouve assez facilement dans quelques communes importantes la trace d'implantations scolaires dues pour la plupart à des dons de propriétaires fonciers, peut-être stimulés par une déclaration de Louis XIV qui, en 1698, disait que pour prévenir le retour du protestantisme il fallait ouvrir des Écoles Chrétiennes dans tous les bourgs qui en étaient privés. Voici quelques unes de ces principales implantations parmi d'autres.
MACHECOUL
    La première maison d'éducation est mentionnée dans un aveu de 1409. Avant la Révolution, il existait quatre écoles primaires, dites «Petites Écoles»: deux dans la paroisse Ste-Trinité, deux dans la paroisse Ste-Croix. 120 livres de rente sur des biens-fonds sont versés chaque année aux maîtres de ces écoles. On retrouve comme maîtres les noms de MM. DOSSU, QUANTITEAU, DE LISLE, GUITTET, DANG, pour les garçons et Mmes de la BLANCHARDIERE, de BRISSONNIERE, VRIGNAUD, BRUNELIERE pour les filles.
    Une autre maison d'éducation était tenue également par les religieuses calvairiennes pour les filles pauvres.
    La principale structure scolaire avant la Révolution était le collège, datant au moins de 1689 et dirigé depuis 1763 par un laïc, M. GASCHIGNARD. II était situé rue Ste-Catherine. Le principal du collège touchait chaque année 350 livres prélevées sur des rentes foncières. L'établissement avait pour professeurs de jeunes ecclésiastiques destinés à la prêtrise. II comptait jusqu'à 80 élèves versant chaque mois une rétribution de 3 livres. Quelques jeunes sans ressources y étaient aussi admis. M. GASCHIGNARD fut tué par les Vendéens en 1793 ainsi que Pierre DUPIN, notable et maître d'école.
BOURGNEUF-EN-RETZ
    Différents dons furent accordés avant la Révolution, notamment en 1710 par Julienne BARBOT de la PERRINIERE qui octroya 900 livres à l'hôpital à condition qu'il y ait une personne pour instruire les filles par charité.
    En 1719, une autre personne, anonyme, donna 800 livres de rente. Cette somme devait être utilisée pour moitié par les régents des écoles charitables de garçons, l'autre pour l'entretien de la maîtresse des écoles charitables de filles. D'autres dons avaient été faits, ce qui eut pour conséquence qu'à Bourgneuf, contrairement à la plupart des autres paroisses, une partie des enseignants disposaient de locaux d'école.
    Il y eut beaucoup de péripéties dans le mouvement des enseignants à Bourgneuf immédiatement avant la Révolution principalement à cause des attitudes à adopter face aux familles riches ou pauvres. Se succédèrent ainsi les sieurs CORBINEAU, TOUSSAINT, SAUDRAIS, GOURHAUD puis Jean-Marc TREHOU.
SAINT-JEAN-DE-BOISEAU (appelé Saint-Jean de Bouguenais en 1789).
    A la suite d'un don de Jehanne BRETAGNE, dame de la Hébaudière, datant de 1715, une école confortable est créée dans le bourg. Elle porte le nom de Maison du Cadran ou Maison de St-François et était plutôt destinée aux filles.
    S'y succédèrent Marie RIVALLAN, Jehanne DAUMASSE, Jean-Marie DROUDUN et enfin la demoiselle LAMY qui était en place en 1789. Cette école était gratuite et ouverte à tous, riches ou pauvres, mais souvent mal perçue par les parents. II n'y avait dans les locaux ni bancs ni tables. Les enseignants travaillaient avec peu de moyens. Les élèves, accoupis sur le sol, utilisaient des livres inadaptés ou uniquement religieux.
SAINT-PHILBERT-DE-GRANDLIEU
    A la suite d'un concordat signé entre l'évêque de Nantes et le commendataire du prieuré, en 1630, la somme annuelle de 100 livres, portée à 236 livres en 1760, devait être payée au régent qui s'installerait dans la ville pour instruire les enfants. Ce dernier devait être prêtre ou apte à l'être dans le courant de l'année et assister à la messe au prieuré tous les jours de la semaine.
    En 1780, une lettre est adressée à l'évêque de Nantes par François GUÉRIN, recteur, Louis-Marie d'ARGENT, sénéchal du prieuré et avocat au Parlement, et Maître René AIRAUD, procureur fiscal. Les signataires y expriment la douleur des paroissiens de voir grandir leurs enfants sans pouvoir les faire instruire et demandent que le sieur POIDVIN soit dispensé d'assister tous les jours aux offices du prieuré qui ont lieu aux heures d'école.
PORNIC
    En 1748, Louise DROUET et Marie LAUBIE font un don de 1500 livres pour l'établissement des Écoles Charitables. Cette somme fut déposée entre les mains du sieur CHEVALIER, avocat au Parlement de Paris.
    L'école devait se tenir à l'hôpital de la ville.


LA RÉVOLUTION ET SES LOIS SCOLAIRES
 

    A la lecture des cahiers de doléances du Pays de Retz, on s'aperçoit que la création d'écoles était loin de constituer la préoccupation première du milieu paysan en 1789. Seuls quelques rares cahiers, comme celui de Rouans, s'expriment sur ce sujet.
    La Révolution s'installe et plusieurs projets de lois scolaires sont bâtis, parmi lesquels le plus célèbre est indiscutablement celui que CONDORCET présente à l'Assemblée Législative les 20 et 21 avril 1792.
    Il imaginait, à quelques détails près, le contexte scolaire qui conditionne la formation de nos enfants aujourd'hui. CONDORCET était pleinement conscient que le fils du paysan illettré, utilisant un patois pour s'exprimer, aurait beaucoup de difficultés à assimiler des connaissances. II allait jusqu'à imaginer des pédagogies adaptées à ces conditions de 1792. On serait tenté de croire qu'il a inspiré FREINET.
    Il y eut également les projets SIEYES et DAUNOU, deux prêtres assermentés, qui allaient à peu près dans le même sens, c'est-à-dire qui voulaient confier l'enseignement aux pouvoirs publics, puis laisser les congrégations religieuses intervenir et même conserver le monopole des études secondaires et supérieures.
    Arrivons aux deux principales lois promulguées en matière scolaire pendant la Révolution.
    La première, votée le 25 décembre 1793 (5 nivôse an III sur présentation du rapport BOUCQUIER est inspirée du projet Condorcet. Mais on y sent la poussée de la Terreur, l'influence de ROBESPIERRE, le désir de faire vite. II suffit de lire la lettre du 28 prairial an II adressée par la Commission Éducative de l'Instruction Publique aux administrateurs du département de la Loire-Inférieure, ordonnant impérativement à ces derniers, en vertu du décret du 8 pluviôse, d'installer dans chaque commune de campagne un instituteur, et ceci dans les dix jours.
    La seconde fut votée par le Directoire le 3 brumaire an IV (fin 1795). Elle permettait d'arriver à des débuts de scolarisation sans trop d'engagement financier, puisqu'en fait, ces instituteurs de la République, qui ne devaient pas «enseigner la superstition» mais baser leur pédagogie sur la morale républicaine, étaient rémunérés selon un système privé alimenté par les mensualités des parents les moins mal lotis de l'époque. Par charité républicaine, on y acceptait un quart d'enfants de familles insolvables. On était ainsi très éloigné de la loi de l'an II qui menaçait de destitution immédiate tout instituteur qui recevrait la moindre contribution des parents.
    Sous le Directoire également, eut lieu une enquête dont le but pour le gouvernement était de connaître la situation scolaire précise de chaque canton. Les réponses à cette question sont toutes datées des premiers jours de messidor an VI (juillet 1798).


RÉPERCUSSIONS LOCALES DE CES LOIS
Noms des enseignants de 1789 à 1799

Canton
Commune   -   date  -  Enseignant
Arthon en Retz
Arthon
10 frimaire an V (1796) Citoyen VIOU
8 frimaire an VII Citoyenne NÈLL
Les Moutiers
1er messidor an VI Un prêtre assermenté
Bouaye
Bouaye
7 messidor an IV Madeleine JOUVET
11 messidor an VI Pas d'instituteur public
St-Aignan
11 messidor an VI Citoyen BIRON (inst. privé)
Bouguenais
Bouguenais
25 floréal an IV (1796) Jean-Marc TREHOU
1er prairial an VI Citoyenne MARCHAND (inst. privée)
30 messidor an VI J.-Baptiste MAINGUET (Trentemoult)
Nivôse an VIII Citoyenne LA COUDRAIE
30 pluviôse an VIII M.-Madeleine Honorée MOREAU
Bourgneuf
Bourgneuf
de 1789 à 1793 Jean-Marc TREHOU
2 thermidor an IV (1796) Louis-René DUPONT
Frossay
St-Père en Retz
3 prairial an V (1796) Renée CHAUVIN femme DABIN
16 thermidor an VIII un instituteur privé
Legé
Legé
1er messidor an VI qq. femmes apprenaient à leurs voisins à épeler des mots
La Limouzinière
La Limouzinière
15 floréal an V Citoyen Gabriel HERVOUET
Machecoul
Machecoul
5 janvier 1792 Etienne GASCHIGNARD (collège)
6 brumaire an IV Citoyen Louis GODE
11 thermidor an IV J.-Baptiste CHARLES
20 vendémiaire an VI J.-Marc TREHOU
4 germinal an VIII (1800) Citoyen SAUVAGET
Paimboeuf
Paimboeuf
6 messidor an VI Citoyen GALLAIS (éc. partie)
6 messidor an VI Citoyen LEGRAND
Sans précision de date Citoyens BROSSAUD, BOIS, GRUTIER, ARAUBY et Vve CAVILLERS
Le Pellerin
Le Pellerin
25 messidor an VI un prêtre assermenté
14 prairial an VII (1799) Citoyen Louis FAURE
Rouans et Cheix
25 messidor an VI pas d'instituteur
Pornic
Pornic
10 messidor an VI Pas d'école publique, qq. enseignants particuliers
Ste-Pazanne
Ste-Pazanne
25 nivôse an V (1797) Citoyen BOURON
10 messidor an VI Marie GLIZE et Marie GAUDIN
St-Hilaire de Chaléons
25 nivôse an V Citoyen Albert BILLOTE
St-Philbert de Grand-Lieu
St-Philbert de Grand-Lieu
28 nivôse an VI Citoyen VILAINE
Vieillevigne
Vieillevigne
21 prairial an VI pas d'école publique, une école privée, 2 enseignants
5 thermidor an VI Marie LE VICOMTE, femme HARDOUIN
21 thermidor an VII Ecole particulière citoyenne CHAMAILLARD
    Cette liste est constituée à partir des archives de la Loire-Inférieure. Les dates correspondent soit à une nomination officielle, soit à un fait qui a marqué la période d'enseignement du titulaire, soit à la réponse communale à l'enquête de messidor an VI.

    Précisons quelques détails:

    - le 27 brumaire an VII, les administrateurs municipaux du canton de Bourgneuf-en-Retz, informés que la cure de Fresnay est en vente, voudraient qu'elle soit acquise dans le but d'y installer une école. Ils déplorent que dans cette commune on ne trouve pas 6 personnes sachant écrire.
    - De même, à La Plaine sur Mer, le 22 messidor an IV, M. MORISSEAUX, agent municipal, souhaite installer l'école dans les bâtiments de la cure inoccupée.
    - Le 1er prairial an VI, le garde-champêtre Pierre LHUILLIER, de Bouguenais, a découvert aux Couets une école tenue par la citoyenne Marchand qui avait refusé de prêter serment devant le jury. Lors de la première communion de ses élèves, elle avait fait mettre nues les filles des patriotes «pour les laver du crime d'être républicaines».


QUE PENSER DE L'ATTITUDE DES RESPONSABLES POLITIQUES LOCAUX?

    Elle est pour le moins surprenante.
    Les réponses à l'enquête de messidor an VI souhaitent toutes l'implantation d'écoles primaires enseignant les principes républicains, la pédagogie «ayant pour base les Droits de l'Homme et rejetant catégoriquement la superstition».
    Ce sont là les termes mêmes employés dans ces réponses de l'an VI, donc postérieures au coup d'état du 18 fructidor an V qui avait amené un réel durcissement dans la politique du Directoire, notamment dans son attitude face aux problèmes religieux. On peut mettre en doute la sincérité des municipalités: à St-Hilaire de Chaléons, l'agent communal approuve les décisions prises sur le plan scolaire par l'autorité républicaine. Or son père a été exécuté 4 ans plus tôt, à son domicile, par les armées de la Convention...
    Sans doute la conjoncture locale en 1795 avait-elle amené à la responsabilité d'agents municipaux des personnes qui n'y étaient manifestement pas aptes, peut-être parfois illettrées. De plus, un représentant administratif du gouvernement participe à toutes les réunions et impose probablement ses idées issues des ordres reçus. Ainsi pourrait s'expliquer sans doute l'attitude «bon enfant» de nos premiers maires du Pays de Retz.
LE PROJET CONDORCET D'INSTRUCTION PUBLIQUE
présenté à l'Assemblée Législative les 20 et 21 avril 1792
(au moment de la déclaration de guerre !!!)
par CONDORCET lui-même,
puis au Comité d'Instruction Publique de la Convention
le 20 décembre 1792 par ROMME.
Article 1er
L'instruction publique sera divisée en 4 degrés sous les dénominations


1 - d'écoles primaires
2 - d'écoles secondaires
3 - d'instituts
4 - de lycées
Article 2   On enseignera dans les écoles primaires les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens.
Article 3   On se préparera dans les écoles secondaires aux connaissances secondaires pour remplir les fonctions publiques les plus rapprochées de tous les citoyens et pour exercer les professions et emplois les plus ordinaires de la société.
Article 4   Les instituts présenteront les connaissances nécessaires pour remplir les fonctions publiques ainsi que les éléments des Sciences, Arts et Belles-Lettres.
Article 5   L'ensemble et les parties les plus relevées des connaissances humaines seront enseignées dans les Lycées.
Article 6   L'Instruction Publique sera établie dans tous les degrés par le pouvoir législatif.
Article 7   L'enseignement sera gratuit dans tous les degrés de l'Instruction Publique.
Article 8   L'Instruction Publique sera soumise à la surveillance des corps constitués pour tout ce qui tient à l'ordre public et à l'administration des propriétés nationales. L'Enseignement sera soumis à une surveillance dont le mode sera présenté avec l'organisation générale.

 
 
 
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