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Au début du siècle dernier, la petite vallée (la faille) qui menait du hameau à la mer, était parcourue par un ruisseau où s'écoulaient les eaux pluviales et les eaux sales. Quelques planches permettaient, à certains endroits, de le franchir. La vallée s'élargissait jusqu'à la plage, alors sans aucun aménagement.Dès 1843, les "étrangers" attirés par la renommée de la Source, éprouvèrent le désir de se baigner. Rien n'était prévu pour la baignade. Ce fut une femme de Préfailles, nommée Roland qui, la première, fit installer sur la plage, deux minuscules cabines.
Dans l'une, elle remisait deux ou trois costumes, une corde et un piquet ; dans l'autre on se déshabillait. Ainsi outillée, elle venait, chaque après-midi, sur la plage, où les baigneurs qui le désiraient, faisaient usage des cabines, chacun à son tour, puis dans leurs ébats nautiques, tenaient l'extrémité de la corde dont la femme Roland tenait l'autre bout solidement assujetti autour du piquet fixé dans le sable.
Quelques années plus tard, M. Boucard, adjoint au maire de la Plaine (dont Préfailles faisait alors partie) apporta d'appréciables améliorations. Aidé par quelques habitants de Préfailles, il installa, à frais communs, un certain nombre de piquets fixes, reliés par de grosses cordes que l'on retirait en fin de saison. Cette association tacite fonctionna jusqu'en 1880.
En 1890 fut créée une société, dite "Société de la Plage" qui par l'intermédiaire du propriétaire de l'établissement hydrothérapique, recueillait des fonds, chaque année, auprès des baigneurs et des habitants, pour assurer l'entretien de la plage. M. Cibot, en effet, avait eu l'idée de remplacer les moyens très primitifs employés par Mme Roland par un établissement de bains capable de satisfaire les baigneurs. M. Cibot proposa donc aux cinq propriétaires de terrains dont il avait besoin, de faire construire, à ses frais, un établissement de bain dont ils auraient la propriété et dont ils se partageraient les bénéfices. Sa proposition fut acceptée et l'établissement sur le terre-plein qui domine la plage au sud-est, fut inauguré pour la saison balnéaire de 1846. Ce n'était, en vérité, qu'un rez-de-chaussée divisé en quatre chambres de bains, une pour la lingerie, une pour les accessoires.L'exploitation en fut confiée à Mme Leray qui, avec sa fille Cécile, la dirigèrent pendant 21 ans. Les débuts furent difficiles... Manque de matériel, manque d'expérience. On allait à dos de mulet chercher l'eau de mer pour les bains ; les peignoirs de bains, les costumes n'étaient ni entretenus, ni renouvelés. L'établissement devint successivement la propriété de M. Douhaut (un des bienfaiteurs de Préfailles), et de M. Lemaire qui le fit agrandir et surélever. On y prenait des bains de mer chauds et d'algues, ce qui était tout à fait exceptionnel à l'époque.
D'après les clauses de leur contrat, les concessionnaires de l'établissement hydrothérapique devaient, à l'heure du bain, assurer la sécurité de la plage grâce à la présence d'un maître baigneur.
Le premier titulaire du poste fut un nommé Moriceau. En 1864, il fut remplacé par deux maîtres nageurs : Padioleau et Leroux. L'un devait se tenir sur le rivage, l'autre dans un bateau, à peu de distance du large.
Les très vieux Préfaillais aiment à se rappeler qu'au début du siècle, une immense tente carrée se dressait sur le côté sud-est de la plage ; on y louait des chaises et parfois des vagues un peu grosses venaient semer la panique parmi les habitués, empêtrés dans leurs longues robes, leurs immenses chapeaux, leurs ombrelles.
Ils se souviennent aussi d'une sorte d'engin à deux roues que l'on approchait de l’eau, à l'heure du bain, et qui servait de tremplin aux plongeurs.
L'établissement de bains était alors tenu par Mme Gendron et sa fidèle servante Jeanne. Cette dernière portait des baquets d'eau douce chaude dans les cabines pour permettre aux clients de se rincer les pieds après le bain. Elle se chargeait aussi des costumes de bain, en serge noire ou bleu marine ; culottes aux genoux, tuniques longues depuis la gorge, voire même des bas noirs pour les dames. Les messieurs étaient décemment couverts jusqu'à mi-cuisses. Jeanne rinçait et étendait tous ces costumes apparemment identiques et les donnait, une fois secs, au propriétaire, avec un sourire et sans jamais se tromper.
En 1908, lorsque Préfailles devint commune, le "comité des plages" fit aménager l'accès de la plage : un large escalier, de chaque côté, une balustre portant des mâts de six mètres de haut garnis de pavillons pendant la saison estivale.
Après la guerre de 1914, la Source était quelque peu délaissée et pendant l'été la vie se concentrait sur la Grande Plage.
En plus des cabines de l'établissement de bains et de celles du "Comité des Plages" (qui existent toujours) des estivants avaient édifié dans les anfractuosités des rochers des cabines privées, sommairement meublées d'un banc et de rideaux où l'on se déshabillait et où l'on ramassait le matériel de plage. En janvier 1924, un raz-de-marée les fracassa presque toutes.
Sur la plage étaient dressées trois rangées de tentes, les unes légères, les autres fixes. Ces dernières étaient constituées de solides carcasses cubiques sur lesquelles on accrochait des bâches à rayures grises attachées par des cordelettes suivant la direction du vent. On passait là tout l'après-midi, on y faisait de la broderie, on y jouait aux cartes et Jacques Laurent (de son vrai nom Laurent Cely) dans son livre "Les Bêtises" se souvient, qu'étant enfant, il se cachait sous les tentes avec ses petits camarades pendant que sa mère jouait au bridge non loin de là.
Les austères costumes de bain du début du siècle avaient bien raccourci, mois sembleraient encore bien sévères comparés à ceux d'aujourd'hui. Ils étaient en laine, difficiles à sécher et de couleur sombre.
La mode aussi avait bien changé : robe au-dessus du genou, taille au dessous des fesses. En général, on attendait 4 heures pour le bain (attention à la digestion!). La surveillance était assurée par le Comité des Plages, devenu le "Syndicat des Plages" ; des drapeaux de différentes couleurs prévenaient les baigneurs : défense de nager, défense de se baigner.
Le Père Padioleau bien connu à Préfailles et fin pêcheur de crevettes croisait au-delà du radeau sur une solide barcasse. On allait s'y accrocher pour s'y reposer un peu. Lorsque des imprudents ou des maladroits se trouvaient entraînés au large ou dans les rouleaux, il y avait toujours deux ou trois solides gaillards (dont le père d'Eric Tabarly) qui n'hésitaient pas, malgré le danger, à piquer un puissant crawl et à plonger pour ramener l'imprudent dans le droit chemin. Des périssoires nombreuses, toutes construites dans le même style par la troisième génération Civel, faisaient la joie des estivants.
On se baignait aussi sur la plage de Port-Meleu où le maître-baigneur nommé "le Père Canard", avait une curieuse façon d'apprendre à nager. Il faisait mettre les élèves sur le dos... Puis il appuyait sur leur ventre pour les habituer à l'eau de mer. La plage était bien appréciée pour son beau sable ; aucune construction à l'entour, à l'exception, sur la plage, d'une petite cabane où l'on trouvait tartines de pâté et sirop.
L'établissement de bains, sous la direction de Mme Garnier était devenu un coquet casino avec un orchestre qui commençait à jouer dès l'heure du thé. On y dansait le soir et, plusieurs fois par saison, des bals costumés attiraient une telle foule que la salle était trop petite pour la contenir.
Pendant plusieurs années, les quatre Benedetti, tous prix du Conservatoire, composaient l'orchestre. (L'un d'eux est devenu un brillant concertiste connu dans le monde entier). Les musiciens ne dédaignaient pas d'abandonner leur grosse caisse ou leur violon, pour se mêler aux danseurs, le temps d'un tango ou d'un charleston. Un été Suzanne, la violoncelliste, se tua en auto en venant à Préfailles.
Fini l'orchestre. Finie la danse... Finie la joie...
Le Casino était devenu un vaste immeuble avec de nombreuses chambres, une immense salle à manger dominant la mer. Son propriétaire gérait également l'hôtel de la Plage et l'actuel Hôtel St Paul, mais alors beaucoup plus modeste ; la gestion d'un tel ensemble était lourde. Il suffit de penser au nombre d'employés nécessaires pour puiser l'eau et la transporter dans les chambres et la cuisine. Mme Garnier avait vu trop grand pour une saison trop courte. Elle essaya de surnager, puis elle dut fermer son établissement.
La situation internationale s'obscurcissait. En juillet, le bâtiment fut occupé par une centaine d'enfants ivres de liberté, de joie... et de bruit... Préfailles fit connaissance avec les premiers haut-parleurs qui hurlaient si fort du matin jusqu'au soir qu'on les entendait à la Plaine. Puis les réfugiés espagnols remplacèrent les enfants et ce fut la guerre de 1939 et l'arrivée des Allemands à Préfailles en 1940.
Pendant la guerre, les Préfaillais purent assister à un spectacle insolite : les essais d'embarquement et de débarquement de soldats allemands avec tout leur harnachement. Ils étaient assis, une dizaine, à califourchon sur des énormes boudins gonflés, (on peut imaginer des zodiacs sans fond) la mer, assez forte, les bousculait et les jetait à l'eau. Le spectacle était assez cocasse et les quelques spectateurs, un peu dissimulés par la vieille cabane de douaniers, s'amusaient bien. M. Gicquel (plus tard fusillé par les Allemands pour port d'armes), ne cachait pas son hilarité.
Par la suite, la plage devait être condamnée et minée par des obus de très gros calibre.
Le Casino brûla mystérieusement quand l'armistice sonna. Longtemps sa grande carcasse se dressa dans le ciel, puis fut arasée.
Le terrain fut ensuite acheté par des estivants, puis cédé, plus tard au département pour construire le mur de défense, avec balustrade, qui surmonte la plage.
A l'heure actuelle, la municipalité a pris en charge la surveillance (S.N.S.M.) et ce sont les cantonniers qui entretiennent la plage.
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