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L’article de M.ORTAIS, dans le bulletin n°4,
a ravivé mes propres interrogations sur la roue en général
et plus particulièrement celle de charron.
A base de bois et de fer alliés, celle-ci
fut portée à un haut degré de perfection par les Celtes
(1) et ceci dès l’époque de la Tène, donc environ
3 siècles avant la la conquête de la Gaule et de la Grande-Bretagne
par CESAR (2) ou avant J.C.
Et l’on notera que leur savoir-faire s’est maintenu
jusqu’à la fin du XIXème siècle, qui vit la fabrication
du caoutchouc vulcanisé et sonna le glas des roues «dures».
Entre -300 et 1900, on peut observer que le seul perfectionnement notable
de la roue celte fut la «mise en parapluie» des rais ou rayons
au Moyen Age, pour accroître effectivement la durée de vie
de ces roues en prévenant toute traction de ceux-ci (3).
Une rapide revue des particularités techniques
de la roue et des représentations correspondantes (4), depuis l’Antiquité,
illustre un savoir-faire - fut-il prescient ou préscientifique -
qui semble aujourd’hui nous échapper, comme bien d’autres, hélas..!
M. ORTAIS a bien fait de remonter au tour et d’abord
de potier avant d’être à bois. Car le passage du roulement
sur rouleaux (sans axe), au pivotement autour d’un axe matérialisé,
constitue une révolution mentale et matérielle essentielle.
Il semble bien, en effet, que le tour de potier
ait d’abord permis, dès l’âge du bronze méditerranéen,
soit plus d’un millénaire avant le Christ, de préparer entre
autres des moules et noyaux de révolution destinés à
la fonte de roues de bronze monobloc d’environ 50 cm de diamètre.
Moyeu, rayons (en petit nombre et généralement 4) et jante,
étaient coulés d’un seul jet puis polis et ciselés;
des segments d’usure en bois étaient rapportés dans la jante
à section en U. Mais on conçoit combien ces roues d’apparat
pouvaient être lourdes (5).
Parallèlement, les chars égyptiens
mettaient déjà en oeuvre le bois et des assemblages par tenon
et mortaise, renforcés par ligaturage et collage; leurs bateaux
et mobilier étaient d’ailleurs construits de façon similaire.
Le succès durable de la roue celte est probablement
dû à plusieurs facteurs concomitants. Tout d’abord et contrairement
au bronze, le fer plus résistant et tranchant quand aciéré,
surtout moins rare et coûteux, fut rapidement utilisé pour
les armes et les outils, pour la charpente même (6). Ensuite, l’évolution
des jantes bois/acier s’appuya implicitement sur un mode d’assemblage très
moderne: la précontrainte. Celle-ci permit, comme plus récemment
en d’autres domaines constructifs (7), des rapports résistance/poids
et efficacité/coût (fut-ce en temps d’obtention et ensuite
d’entretien) longtemps inégalés .
Si l’on suit les archéologues, en général
peu techniciens, le passage de la roue de bronze monobloc et jante bois
rapportée, à la roue de charron, se serait effectué
en plusieurs étapes. D’ailleurs les ornements en feuille de laiton
martelé qui furent rapportés ensuite sur des moyeux de bois,
corroborent cette évolution qui semble liée à l’obtention
de tiges ou plats ferreux asez longs et épais pour pouvoir être
ressoudés à la forge, utilisables à la construction
de tonneaux et de roues charronnées. On notera le rapport «de
poule et d’oeuf» qui relie un procédé et les produits
obtensibles par ce moyen.
On aurait d’abord réussi à réaliser des jantes en bois monobloc/recourbé (probablement aussi des membrures de bateaux?) par cintrage à la chaleur humide. Bien entendu, vu la difficulté de leur fermeture de C en O et l’épaisseur radiale relativement modeste requise par ce cintrage-même, il était logique de doubler ces jantes que l’extrémité des rayons traversait; tout comme de disposer à 180° leurs extrémités... Des «clous» ou rivets d’assemblage retrouvés dans les tombes, où le bois s’était moins bien conservé que le fer mais avait laissé des traces sur ce dernier, attesteraient de cette étape technologique intermédiaire (8). Il est alors très probable -techniquement- que c’est le disponibilité de cercles de fer ou d’acier continus et assez résistants, qui permit de revenir aux jantes segmentées. Et que leur frettage résultant d’un cerclage à chaud réalisait en une seule opération la précontrainte globale d’assemblage de la roue en assurant une meilleure symétrie. Car jusque là et contrairement aux apparences, le joint de fermeture des C des jantes courbées constituait un point faible en résistance des matériaux, que l’adjonction d’une ferrure particulière - à deux fonctions- en cet endroit ne palliait que très imparfaitement. D’où l’idée que le doublage de 2 x 1/2 jantes, radialement, et leurs joints diamétralement opposés, étaient bien un progrès en ce domaine; mise à part la moindre difficulté de cintrage de ces demi-jantes moins épaisses.
Cet exemple est très illustratif de ce qu’on peut appeler dialectique constructive ( plus largement que pour les roues ):
-(RE)multiplier les segments, donc les solutions de continuité constituant autant de points faibles relatifs, tout en améliorant la symétrie donc la résistance globale aux efforts.D’où résultaient à la fois un allégement notable et surtout un accroissement de résistance élastique, sans le moindre jeu; un gain de temps aussi, finalement, aussi coûteux en main d’oeuvre que puisssent nous apparaître aujourd’hui tous ces procédés...
- confier à la jante d’acier plusieurs fonctions, dont la résistance locale aux chocs de cailloux, la continuité d’assemblage des segments entre eux, et surtout leur mise en précontrainte de compression ainsi que celle des rais, donc globale (répétons-le); constituait, non plus une simple addition, mais bien une combinaison nouvelle/originale de moyens; ceux-ci fussent-ils déjà connus chacun (9).
L’expérience technologique, le savoir-faire accumulé au cours de générations successives -"d’erreurs en erreurs", selon l’expression consacrée- se trouvent matérialisés dans les proportions des roues de charron, leurs tolérances d’assemblage, tous points détaillés par M. ORTAIS; dans bien d’autres astuces de procédé également, du choix des essences de bois disponibles localement (10) et se prêtant le mieux aux opérations successives à effectuer, puis au mode propre de fonctionnement des éléments correspondants; de métallurgie; d’assemblage à la masse, au feu et à l’eau...
Voilà pour l’archéologie et l’histoire technologique, à
quelques détails près cependant.
Le seul perfectionnement notable de la roue celte,
au Moyen Age ou même plus tard encore, fut la «mise en parapluie»
des rayons, mentionnée au début de cet article, au lieu qu’ils
soient rigoureusement dans un plan perpendiculaire à l’axe ou essieu
(11). Cette modification architecturale, minime en apparence, a des conséquences
structurales essentielles dès que les efforts latéraux augmentent:
en cas de dévers de la route et surtout si la vitesse est accrue
( ils seront plus exactement proportionnels au carré de celle-ci
et à l’inverse du rayon de virage). En ce cas, la roue externe est
la plus chargée... jusqu’au chavirage ou au tonneau parfois, ce
qui tend à lui donner une forme «en parapluie» mais
dans le mauvais sens. Les efforts radiaux sur les rayons sont amplifiés
par «effet de corde à linge», avec pour résultat
de créer un jeu au sommet de la roue et de déchausser ceux-ci
plus ou moins rapidement. La mise en parapluie dans le bon sens -l’écartement
des moyeux étant alors légèrement inférieur
à celui des jantes- a pour effet de surcharger radialement les rais
mais toujours en compression (tant qu’on n’atteint pas leur coplanéité,
évidemment; et d’une manière variable entre le sommet et
le pied de roue).
Enfin, mais ceci nous ramène aux rouleaux
ou rondins ancêtres de la roue axée, comme d’ailleurs aux
roulements à rouleaux ou billes indissociables de toute roue moderne,
dès le 1er siècle avant J.C. on avait eu l’idée d’intercaler
entre essieu et (cage de) moyeu de roue celte... des chevilles cylindriques
de bois dur!
* * *
Ce qui nous ramène à l’insertion de
la roue de charron dans l’évolution des roues en général,
d’un point de vue non plus factuel et historique, mais bien technologique
d’abord. Les fonctions déterminant les organes, plutôt qu’un
cheminement inverse.
Qui saisit bien, en effet, que toute roue à
paliers lisses, aussi dénuée de tout glissement qu’elle soit
au sol, glisse encore quoique dans une moindre mesure entre moyeu et essieu
? Qu’on peut ainsi se la représenter comme une sorte de levier,
mais continu (12) réduisant le frottement «du traineau»
dans le rapport de ses rayons externe/interne ?
Même si les surfaces en regard sont en matériaux
appropriés et très précisément usinées,
préservées de la boue ou poussière et surtout convenablement
lubrifiées, il ne faut donc jamais oublier qu’une telle réduction
du glissement n’en altérait pas le principe. Et que ce fut encore
le cas à leur origine pour le matériel ferroviaire et les
bicycles; ces derniers n’ayant incorporé le roulement à billes
qu’en 1868 (brevet SURIRAY; l’application des roulements à rouleaux
TIMKEN aux bogies devant avoir une date voisine).
Un survol de l’évolution des bicycles (13)
-non sans rapport avec le charronnage, on va le constater- nous montre
d’autres choses relatives à la roue en général.
Le célérifère -sans direction
ni pédales- avait vers 1780 des roues de charron et un cadre de
bois.
La draisienne (1817), avec direction/guidon mais
bien entendu sur paliers lisses, s’appelait en Grande-Bretagne: «bone-shaker»
vu la dureté de ses roues et des chaussées empierrées,
en l’absence de toute suspension. Pourtant les carrosses en étaient
déjà pourvus: ressorts d’acier et sangles de cuir... ce qui
nous renvoie aux chars de combat délaissés par les Celtes
à l’époque de l’invasion romaine.
On s’est récemment avisé qu’ils comportaient
probablement à l’arrière deux ressorts en demi-arc de bois
et des «jumelles» d’acier (14) (ressemblant à des pièces
de mors ? op.cit. Les Celtes p.356, A.FURGER-GUNTI, travail de reconstitution
et d’essais en Suisse).
L’orée du XXème siècle est
foisonnante de progrès dans d’autres industries, qui furent rapidement
incorporés aux bicycles (14) et à l’automobile naissants.
A l’inverse, certains charrons ne devinrent-ils pas carrossiers, lorsque
le développement des jantes d’acier les éloigna des roues...
jusqu’à l’apparition des caisses «tout acier» ?
Déjà les progrès du laminage
et de la fabrication de tubes minces; du tréfilage de l’acier surtout,
qui s’appliqua rapidement aux câbles de mine (1875) et de téléphérique,
sans oublier la Grande Roue et les cordes à piano... se retrouvèrent
dans le domaine du cycle. Les rayons de roue -vite croisés pour
mieux supporter les efforts de freinage; il y a là analogie avec
leur mise transversale en parapluie- les pièces découpées
pour couronnes dentées et chaînes, les roulements à
billes déjà cités, en sont autant d’exemples connus.
Ce qu’on sait moins, c’est que la maîtrise
industrielle du formage du bois à la vapeur, développée
à WIEN pour des sièges par THONET vers 1850, s’il fut le
premier avatar du «lamellé-collé» repris aujourd’hui
à plus grande échelle pour la charpente, fut aussi appliqué
aux jantes de vélo... ce qui nous rappelle les premières
jantes celtes. (fig.7).
Mais ce sont les progrès de l’industrie du
caoutchouc qui s’avèrent les plus marquants, avec notre recul. En
termes modernes, ce fut bien le premier élastomère et même
polymère d’emploi courant, avec la «bakélite»
thermodurcissable. Et déjà l’invention de la dissolution
de latex par Mc INTOSH en 1817, célèbre par les imperméables,
assura d’autres réalisations aussi étanches que souples et
permit notamment au coracle irlandais de survivre jusqu’à nos jours...
Or, pour le rédacteur au moins, il pourrait bien constituer le «maillon
manquant» de la marine du Nord. Avec son armature de bois courbé
et son revêtement de peaux cousues d’origine, ne s’intercalerait-il
pas assez logiquement entre les barges chevillées/ligaturées
et le bordage à clins, par clous ou rivets ? mais revenons au cycle.
C’est à C. ADER, célèbre par
l’avion mais d’abord industriel du téléphone, que revient
l’idée paradoxale à l’époque d’amortir les chocs de
roulement des bicycles et notamment des «grand bi», au moyen
d’un bandage de caoutchouc plein en 1869. Le bénéfice était
surtout, on va le voir, de confort et d’allègement.
De leur côté, en Grande-Bretagne, THOMSON
en 1846 puis DUNLOP en 1889 inventèrent ou réinventèrent
ce qu’on appelle aujourd’hui tuyau d’arrosage et boyau de bicyclette: un
tube de caoutchouc vulcanisé sur armatures textiles, puis gonflé
d’air.
Les MICHELIN firent leur premier succès en
1891 du pneu ouvert à tringles d’acier, peu différent du
contemporain. (Plus tard, du pneu à armature d’acier; puis du «radial»
qui est surtout «ceinturé» par une bande de roulement
très rigide en guidage. Mais, pour la petite histoire, il n’est
pas indifférent de savoir qu’ils étaient fabricants de machines
agricoles -soumises aux cahots et secousses internes au moins autant que
les bicycles-; que l’un d’eux avait épousé une nièce
de Mc INTOSH et devait être au courant du développement du
caoutchouc en Grande-Bretagne; enfin qu’un cyclotouriste anglais passa
effectivement à Clermont-Ferrand à la fin des années
1880 avec un vélo équipé de boyaux ou pneus DUNLOP
!).
Ils travaillèrent avec une rigueur remarquable,
comme le montre une communication à la Société des
Ingénieurs Civils datée de 1896.
Une voiture hippomobile de poids connu, dont la
traction d’attelage était mesurée avec des pesons étalonnés
et dont les roues étaient interchangeables, leur permit des comparaisons
éclairantes:
| : | SOL | macadam uni | pavés | empierrage récent | |
| ROUES (kg de traction par tonne) | |||||
| Ferrée | 13,3 | 16 | 43 | ||
| Ader | 13 env. | 16,5 env. | |||
| Pneu | 8,3 | 9,3 | 13,3 |
Ces chiffres se passent de commentaires mais appellent
quelques remarques.
Tout d’abord le roulement sur chemin de fer n’exige
environ que 1 kilo par tonne... seul le flottage est encore plus économique,
à basse vitesse, ce qui était le cas des essais Michelin
au pas ou au trot. Mais dès que celle-ci croît, la résistance
de l’air ou de l’eau est proportionnelle à son carré. On
s’est enfin avisé avec l’automobile que la résistance au
roulement du pneu contenait également un terme carré de ce
genre; mais elle dépend d’abord de sa taille et de sa pression interne,
de sa forme plus ou moins cylindrique aussi. Retenons ici comme ordres
de grandeur toujours valables: 5 à 7 kg/t pour poids lourds et métro
sur pneu; 8 à 12 pour les voitures particulières, mais moins
pour les F1 aux bandages quasi-cylindriques. Comme se plaît à
le vulgariser depuis peu MICHELIN, aussi simple d’apparence soit-il, le
pneu est un compromis technologique complexe où les impératifs
de fabrication et d’usure, d’adhérence sous la pluie etc... doivent
être adaptés à chaque emploi.
Ensuite et compte tenu de ses fonctions, l’avantage
essentiel du pneu reste bien sa capacité de déformation élastique
sous charge et à la rencontre de tout défaut local de la
chaussée. Si l’on a pu dire qu’il «buvait l’obstacle»,
c’est bien pour rappeler qu’il enveloppait toute irrégularité
locale au lieu d’être écrasé par celle-ci. L’air comprimé,
contrairement à tout ressort solide, peut évacuer complètement
la zone du choc et la déformation radiale peut être notable
( cas du pneu d’avion à l’atterrissage ). Enfin le volume de caoutchouc
mis en oeuvre est réduit; les pertes par frottement interne dans
l’enveloppe et l’air inclus sont petites.
Reste que sur sol meuble -sable, boue- , tout bandage
sort du domaine élastique pour entrer dans celui du... broyage,
ce qui nous ramène aux roues dures et aux meules.
Au total, on est ainsi mieux en mesure d’évaluer
quel progrès fit déjà faire la roue précontrainte
bois/acier des Celtes, robuste quoique allégée, sur sol dur
et relativement uni. Cette étape ne fut dépassée que
par la combinaison pneu/roulement à billes... environ 12 siècles
plus tard !
Mais quand M. ORTAIS souligne que le passage du
roulement sur rondins libres à la véritable roue -axée-
fut l’étape mentale et matérielle précédente,
cela nous invite à élargir un peu ces considérations
technologiques. Jusqu’aux domaines mythique et esthétique, car savoir-faire
et magie, art, étaient autrefois très liés.
Il a fait un rapprochement entre la roue et le tour
de potier. Mais le pivotement, sur un axe fixe ou mobile, n’évoque-t-il
pas aussi les meules de broyage, les drilles à archet qui ont probablement
servi dès l’âge de la pierre à forer des creux en forme
de cupules, des perles, plus tard les poinçons ou matrices des premières
monnaies ? Aujourd’hui encore, n’est-ce pas de manière similaire
que les aborigènes d’Australie font du feu par frottement bois sur
bois ?
Si le compas métallique en V a succédé
aux cordeaux et verges dotées de pointes pour tracer des cercles,
le tour à bois qui inclut un montage entre pointes et un outil de
coupe acéré a peu de probabilités d’avoir précédé
l’âge du fer. Et son entraînement pour réaliser des
pièces aussi importantes que des moyeux de char n’est pas très
évident; a fortiori des assises de colonnes en pierres. N’insistons
pas sur les rouets et les roues d’horlogerie, également montés
sur pointes.
Il est attesté que la roue, après
le cercle dont la perfection de forme a dû très tôt
frapper l’imagination, et à plus forte raison complété
de rais, était vue comme symbole solaire et guerrier chez les Celtes
et bien d’autres. Dans la tradition hindouiste la plus reculée déjà
-les Véda étant contemporaines des Celtes sinon des mégalithes-,
la roue ne symbolisait-elle pas tant l’ordre cyclique du Cosmos que certains
points vitaux du corps humain: les shakras ? Et ne s’est-elle pas adaptée,
comme motif ou pictogramme, à la croix celtique irlandaise, à
la rose des vents des navigateurs comme au supplice qui en porte le nom,
aux moulins hydrauliques ancêtres des turbines, aux volants d’inertie
du machinisme à vapeur... ou de direction d’automobile ? La connotation
de puissance est constante, sinon de régularité.
Alors, et comme il le faisait lui-même remarquer,
aurait-elle définitivement disparu en matière de propulsion
navale, sauf sur les bateaux-musées du Mississipi ? Il semble y
avoir de bonnes raisons de penser que non.
Tout d’abord, l’équivalent à air des
roues propulsives à aubes, -semi-immergées, à palettes
aussi larges que possible vu le faible tirant d’eau- existe déjà
dans tous les ventilateurs dits «à flux tangentiel».
On saurait donc en construire de plus modernes, pour peu qu’on s’avise
un jour du rendement de propulsion déplorable des petites hélices
rapides et hydrojets... (à débit relativement réduit
mais vitesse d’éjection importante, comme d’ailleurs le sillage
perdu).
Ensuite, et on l’a bien vu sur l’exemple de la roue
de charron, l’Histoire est un «éternel recommencement»...
encore que mieux vaille la considérer spirale que strictement circulaire:
le progrès ne repasse jamais exactement par le même état.
En tout cas, il y a assez régulièrement alternance de dur
et de mou, de discontinu et de continu, d’inerte hors charge et de précontraint,
en technologie.
Enfin, puisqu’une culture technique peut aller de
pair avec la Culture majuscule, et celle des Celtes étant exemplaire
par l’élan de sa mythologie..., pourquoi s’interdire de rêver
rouler un jour sur l’eau, d’une manière purement hydrodynamique
(et non sur de gros flotteurs dotés d’aubes, à basse vitesse)
? Le rédacteur, au moins, évite de rejeter d’avance une idée
aussi poétique !
J-François QUILICI-PACAUD pour Les Amis du Pays de Retz
Bibliographie:
Les ouvrages cités ci-dessous sont aussi beaux que remarquables
par les synthèses qu’ils présentent, de l’avis du rédacteur
au moins.
-B.CUNLIFFE : L’univers des Celtes Ed.du
Fanal 81 (Mc Graw Hill 79)
: Les Celtes Ed.Bompiani 91 (expo FIAT à
Venise).
: L’art des origines de l’Europe Ed.Elzevier
-I-M.STEAD : Celtic Art
Ed.British Museum 85
-A.SHARP :
Bicycles and tricycles Ed.MIT Press 79 (fac-simile de l’édition
de Londres de 1896!).
Notes:
(1) - On crédite ceux-ci de l’invention, non seulement de la
ROUE de charron telle que M.O. la décrit, mais aussi du TONNEAU
(si le baquet à douves de bois cerclées, d’osier ou de laiton,
existait déjà; encore fallait-il trouver moyen de le refermer
symétriquement); celui-ci, autrement plus léger et résistant
aux chocs que l’amphore. Enfin du fameux «MUR gaulois» composite:
maçonnerie armée de poutres en réseau tridimensionnel,
assemblées par tirants en fer.
(2) - Rezé -Retitiae pour les Romains- était à
l’époque un port important et la seconde ville des Pictons ( dont
le nom ethnique évoque Poitiers), mais aussi les Pictes du Nord de
la Grande-Bretagne célèbres pour leurs tatouages ou peintures
au pastel. De là viennent «pictural» et «peinture»,
«pictogramme» même. Le fait qu’il y eût aussi des
Rètes ou Rhètes au Nord de l’Italie actuelle et non loin
de Venise, des Vénètes là-bas comme à Vannes,
paraît remarquable au rédacteur. Quant au toponyme de notre
Pays de Retz, Rais etc..., si l’on pense que les rets ou filets étaient
probablement d’un usage assez général, n’évoquerait-il
pas déjà plutôt quelque particularité: réseau
ou résille de canaux/étiers, marais ? La paléolinguistique
a probablement encore bien des choses à nous dire.
(3) - Voir figures 1 et 2 .
(4) - Ou «idée qu’on se fait des choses» et tant
sous leur aspect matériel que symbolique, esthétique et même
éthique (moral, religieux et d’abord magique).
(5) - La densité des alliages de cuivre, du genre bronze (terme
actuel pour les alliages coulables) ou laiton (id. pour ceux qui sont plus
malléables) est toujours au moins 8 fois celle des bois.
(6) - Ceci étonne encore certains archéologues, qui se
représentent probablement mal l’aspect architectural GLOBAL du «murus
gallicus» et parlent même de «gaspillage» du fer...
CESAR fut pourtant frappé par sa résistance exceptionnelle
aux béliers, catapultes et au feu. (op.cit. CUNLIFFE. Mais le texte
anglais d’origine ?).
(7) - Sans développer ici, avant même de faire le succès
actuel des ponts en béton à câbles/tirants de mise
en précompression (travées d’accès du pont de Mindin
p.ex.) la précontrainte comme principe de mise en oeuvre de tous
matériaux se retrouve déjà dans la filature, les bateaux
égyptiens assemblés par des cordages, les baquets et tonneaux,
les arcs et voûtes romans lestés... puis les canons frettés,
les avions entoilés et haubannés à l’origine et les
pneumatiques.
(8) - Les archéologues sont à nouveau peu diserts sur
ce point et parlent p.ex. d’agrafes ou crampons, sans en détailler
forme et situation exactes... Une analyse fonctionnelle un peu poussée
( à quoi pouvaient-ils bien SERVIR, verbe!) offrirait probablement
une justification par la Résistance Des Matériaux, comme
enseignement.
(9) - Cette expression est le «sésame» de la brevetabilité,
encore actuellement. Elle distingue en effet l’invention -surprenante pour
le spécialiste, par un effet inattendu/global- de la simple addition
de détails n’entraînant pas d’effet global émergent.
(10) - Voir tableau comparant les détails donnés par
M.O. aux résultats de fouilles en G.B. (donc plus au Nord: bouleau/acacia;
op.cit; STEAD).
(11) - Fig 1, 2 et 3.
(12) - Fig. 4, 5 et 6.
(13) - Un remarquable traité sur ce sujet -de synthèse
mais en anglais- fut publié par A.SHARP à Londres en 1896...
et réédité tel quel en 1979 par le Massachussett Institute
of Technology. Sa lecture relativise bien des prétendues nouveautés
actuelles et incite à conserver tous vélos et tricycles du
début du siècle.
(14) - Des articles récents relatifs aux chaînes/ceinturons
de port de l’épée celte; à des tentatives de reconstruction/essai
de leurs chars de combat; montrent l’utilité technologique des formes
choisies (que rappelle le vocabulaire moderne employé ici; op.cit.FIAT).
Mais, jusqu’à l’application moderne de la frappe à froid
en boulonnerie, on ignore généralement quelles merveilles
d’ingéniosité permirent l’obtention du «simple»
clou/rivet à tête large. Or la roue celte en faisait usage
dès l’époque de Hallstatt !

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