M. BAUD est Directeur de
la station IFREMER de Bouin, qui effectue des recherches sur le système
conchylicole de la baie de Bourgneuf.Invité de notre association
à l’assemblée générale du 5 décembre
1990, il a conquis son auditoire par un brillant exposé sur les
travaux de son équipe. Nous le remercions de son intervention dont
nous publions ici le résumé.
La baie de Bourgneuf se situe au
3ème rang des bassins conchylicoles de France. Avec 1000 ha de parcs
à huîtres que se partagent 330 exploitants, elle génère
environ un millier d’emplois. C’est à partir de 1956 que l’ostréiculture
s’est développée dans la baie.
L’huître portugaise a été
produite jusqu’en 1970, année où une épizootie catastrophique
a décimé cette espèce. Elle a été remplacée
avec succès par l’huître japonaise, plus résistante
et dont la croissance plus rapide a rapidement séduit les ostréiculteurs.
Il faut noter cependant que si une nouvelle épizootie atteignait
à son tour la japonaise, nous ne disposons plus d’espèce
de remplacement...
Aujourd’hui, les larves d’huîtres
japonaises proviennent de collecteurs déposés en Charente-Maritime
et replacés ensuite en baie de Bourgneuf.
La croissance d’une huître
demande de 2 à 4 années selon la nourriture dont elle dispose.
IFREMER, après avoir évalué les quantités totales
de coquillages et de phytoplancton de la baie (1), a établi un rapport
entre les taux de croissance et de mortalité des coquillages et
l’abondance du phytoplancton qu’ils consomment. L’huître n’est pas
le seul coquillage de la baie: un gisement naturel de moules ainsi que
des bouchots lui font concurrence sur la barre rocheuse qui divise le plan
d’eau entre Bouin et Noirmoutier. De 1982 à 1988, les fortes pluviosités
ont provoqué un effondrement de ce stock de moules. Il en est résulté
un accroissement du stock d’huîtres des parcs.
Mais paradoxalement, cette augmentation
du nombre d’huîtres ne s’est pas traduite par une croissance des
ventes. On observe en effet qu’une surcharge du stock d’huîtres entraîne
un abaissement du taux de croissance de ce coquillage: au lieu de 2 ans,
il faut alors 3 à 4 années pour aboutir à la taille
commercialisable.
De plus, les populations trop nombreuses
d’huîtres deviennent plus fragiles et sont plus exposées aux
épizooties.
La baie de Bourgneuf produit donc de manière
assez stable 12000 tonnes d’huîtres par an. Son rapport production/biomasse
est l’un des plus bas de France. IFREMER s’attache à rechercher
les moyens de l’augmenter.
La production ostréicole
représente à peu près 88 millions de Francs par an,
soit 85% de la richesse produite par la conchyliculture dans la baie. Les
15% restants sont dûs à la mytiliculture.
Afin de ne pas aboutir à
une surcharge ostréicole, IFREMER recommande actuellement de ne
pas étendre davantage les surfaces exploitées et de limiter
le nombre de poches par ligne et par hectare. La pêche aux moules
sauvages constitue d’autre part l’un des moyens de limiter la concurrence
que se font entre eux les coquillages.
La baie de Bourgneuf dispose cependant
d’un atout majeur: une nappe souterraine d’eau salée, à température
constante et extrèmement riche en éléments nutritifs
pour le phytoplancton, s’étend sous les polders de Bouin et sous
une partie de la baie entre Les Moutiers et l’île de Noirmoutier.
Unique en Europe et encore insuffisamment exploitée, cette nappe
peut être utilisée pour produire en bassins le phytoplancton
indispensable à l’élevage des coquillages. IFREMER essaie
donc de promouvoir des nurseries de prégrossissement ainsi qu’une
diversification des productions: l’élevage de la palourde et du
pétoncle sont encore à développer.
Enfin la station effectue des recherches
en laboratoire afin d’aboutir à des productions nouvelles: l’huître
triploïde permettrait d’obtenir une taille commercialisable en 8 à
12 mois seulement. L’huître stérile, donc non grasse, serait
commercialisable toute l’année et spécialement pendant les
mois d’été où la population touristique pourrait constituer
un débouché local intéressant.
(1)- NDLR: Située à la jonction
du domaine marin et du domaine continental, la baie de Bourgneuf produit
annuellement environ 30 tonnes par hectare de phytoplancton. Cette production
végétale est extrèmement abondante. On peut la comparer
à celle d’une forêt (10 tonnes/ha) ou à celle d’un
champ de blé (15 tonnes/ha au maximum).
Autre site : La conchyliculture...
http://www.educagri.fr/conchytic/index.htm